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Actualités - Chronologie

Peur sur la ville : Moscou tremble devant la police fiscale

Depuis dix jours, S.A., architecte russe de 36 ans, subit chaque matin un interrogatoire dans un bureau de la police fiscale moscovite: l’enquête est en cours, mais il sait qu’il risque de 1 à 5 ans de prison ferme pour fraude fiscale, et au mieux une amende de plusieurs dizaines de milliers de dollars qu’il ne sait pas où trouver. A. M., un peintre russe de 35 ans, est déjà passé par là. Un commando de la police fiscale est arrivé chez lui une nuit, tambourinant à la porte. Quand il a ouvert il s’est trouvé nez à nez avec des hommes coiffés de cagoules et armés de kalachnikov, sans aucun mandat, qui lui ont dit: «Ouvre, ou on tue ton chien». La police fiscale avait découvert, par des méthodes proches de celles du KGB d’antan — écoutes téléphoniques, interrogatoires de voisins et incursions policières — qu’il louait un appartement enregistré au nom de sa femme, à un Américain travaillant pour un cabinet d’audit. A.M. touchait son loyer en espèces ou sur un compte à l’étranger, évidemment sans rien déclarer au fisc, comme des dizaines de milliers de ses concitoyens. A.M. en a été quitte pour 47.000 USD d’amende, qu’il n’avait pas, mais sa capacité à peindre très vite, son talent internationalement reconnu et son rapport très «russe» avec l’argent (j’en ai, je le claque, je n’en ai plus je vais vivre à la campagne), l’ont fait réagir avec philosophie. «Le hic c’est que je dois aussi payer des impôts sur l’argent que j’apporte au fisc, parce qu’ils me demandent comment je l’ai gagné», dit-il en riant. Moscou ne parle plus que d’impôts, des simples citoyens russes aux entreprises occidentales. Depuis que la Russie vit sa crise financière et que les prêts internationaux obtenus — 22,6 milliards de dollars — sont conditionnés notamment à une amélioration des recettes, le feuilleton fiscal prend des proportions extraordinaires. Impôts pour les propriétaires, déductions pour les locataires Si des dizaines de vérifications et de redressements sont en cours dans la discrétion des cabinets d’audit, les locations sont la facette populaire du feuilleton. Le chef des services fiscaux, Boris Fiodorov, estime samedi dans Kommersant Daily que ce «business» du logement dépasse le milliard de dollars par an pour la seule ville de Moscou. Jeudi dernier, le chef de la Direction générale des Impôts à Moscou, Dmitri Tchernik, a annoncé que ses services s’apprêtaient à vérifier 200 immeubles de prestige pour vérifier si les propriétaires ne louaient pas leurs appartements. 100 autres immeubles ont déjà été «contrôlés». La police a trouvé 218 appartements loués, à des prix conséquents (de 2.000 dollars pour un deux-pièces à 10.000 pour un cinq-pièces, dans des immeubles dont la propreté et la sécurité laissent à désirer). «51 seulement étaient en règle avec le fisc», a-t-il révélé. Rémunération des mouchards Plusieurs entreprises étrangères ont reçu jeudi dernier un télégramme de l’Inspection fiscale, leur demandant de déclarer le montant réel des loyers payés pour leurs collaborateurs, et les noms de propriétaires (qui souvent enregistrent un contrat fictif). Une obligation apparemment légale à laquelle beaucoup de sociétés sont prêtes à souscrire, puisque ces sommes sont fiscalement déductibles. La jungle immobilière de Moscou remonte à 1992, lorsque Boris Eltsine décréta la privatisation de la quasi-totalité des logements, permettant ainsi à des millions de Russes de devenir sans bourse délier propriétaires. Depuis, chômage aidant, des dizaines de milliers de Russes vivent de la location de leurs appartements. La promiscuité ne constituant pas un véritable problème en Russie, ils s’installent dans leurs datchas, dans leurs ateliers d’artistes ou chez des parents. «Le problème n’est pas tant la justice fiscale, nous savions qu’un jour ou l’autre cela arriverait», dit l’un de ces propriétaires, poète et ancien dissident. «Ce sont les méthodes qui nous bouleversent, parce qu’elle nous ramènent brusquement 20 ans en arrière, à l’époque des dénonciations des voisins et des fourgons nocturnes. Savez-vous qu’un projet de rémunération des mouchards est à l’étude?» conclut-t-il. (AFP)
Depuis dix jours, S.A., architecte russe de 36 ans, subit chaque matin un interrogatoire dans un bureau de la police fiscale moscovite: l’enquête est en cours, mais il sait qu’il risque de 1 à 5 ans de prison ferme pour fraude fiscale, et au mieux une amende de plusieurs dizaines de milliers de dollars qu’il ne sait pas où trouver. A. M., un peintre russe de 35 ans, est déjà passé par là. Un commando de la police fiscale est arrivé chez lui une nuit, tambourinant à la porte. Quand il a ouvert il s’est trouvé nez à nez avec des hommes coiffés de cagoules et armés de kalachnikov, sans aucun mandat, qui lui ont dit: «Ouvre, ou on tue ton chien». La police fiscale avait découvert, par des méthodes proches de celles du KGB d’antan — écoutes téléphoniques, interrogatoires de voisins et incursions policières —...