Le président du Conseil italien, Romano Prodi, estime avoir «évité la mort de l’Italie» et avoir remis son pays dans la course européenne, dans un entretien accordé à l’hebdomadaire économique français «L’Expansion». «Je leur ai tout simplement évité de mourir, ce qui n’est pas rien», affirme-t-il en réponse à une question sur le peu de contreparties données à ses compatriotes en échange des sacrifices économiques consentis pour le redressement de l’Italie. Economiste de formation, Romano Prodi dirige une coalition de centre-gauche, l’Olivier, au sein de laquelle la cohabitation s’avère parfois difficile avec les communistes. «Je ne serai jamais le premier ministre d’une autre configuration que celle actuelle de centre-gauche. Si la majorité change, je ne resterai pas au poste de premier ministre», affirme-t-il. Il définit ensuite ses priorités: la lutte contre le chômage, la poursuite des réformes économiques et la «construction d’une bonne administration». «Le chômage est clairement une de nos priorités», assure-t-il, en soulignant la complexité de la situation italienne. «Je me heurte au problème historique de la division du pays en deux entités économiques», explique-il. «Je ne peux donc pas mener une seule et même politique sur tout le territoire», précise-t-il. «Nous avons deux cinquièmes du pays, au nord, en état de plein emploi, un cinquième qui connaît de graves difficultés au centre et les deux cinquièmes restant, le sud de la Péninsule, où le chômage est tragique», dit-il. Comme en France, Romano Prodi s’est engagé sur la réduction du temps de travail hebdomadaire à 35 heures. Cette mesure «n’était ni l’un de mes choix, ni l’une de mes priorités (...). C’était le prix à payer pour bénéficier du soutien des communistes de notre coalition», précise-t-il. «J’ai veillé à ce que le projet de loi présenté au Parlement contienne une bonne dose de flexibilité dans l’aménagement du temps de travail et à ce qu’il intègre de nombreux garde-fous, de manière à ne blesser aucun des secteurs industriels et aucune des régions de l’Italie, ajoute-t-il. J’ai fait en sorte qu’il ne soit pas contraignant pour nos entrepreneurs». M. Prodi adresse enfin ses remerciements à la France et à ses dirigeants pour leur soutien au processus de réformes qui a permis la qualification de l’Italie pour la monnaie unique. Crise évitée Sur le plan intérieur, le président du Conseil, qui a réuni sa majorité, a évité dans l’immédiat une crise politique avec ses alliés communistes. Le chef du gouvernement a jugé la rencontre «très constructive» et annoncé qu’il demanderait un vote de confiance au Parlement la semaine prochaine. Selon des sources parlementaires, il devrait obtenir la confiance sans difficulté. M. Prodi avait convoqué une réunion des partis de sa majorité, qui s’était montrée divisée au cours des dernières semaines, afin qu’elle réaffirme son soutien au gouvernement. A l’issue de la réunion, Fausto Bertinotti, secrétaire du parti de la Refondation communiste, a estimé que «des pas en avant avaient été faits», tout en jugeant que le gouvernement n’avait pas encore fait le tournant souhaité dans sa politique économique et sociale. M. Bertinotti a estimé que l’approfondissement des questions en jeu était nécessaire et que la discussion de la loi de finances à l’automne pourrait être le moment de vérifier si un «véritable tournant» était possible. Cette réunion des partis soutenant le gouvernement de Romano Prodi avait été décidée après l’apparition de dissensions avec les communistes, qui soutiennent la majorité mais ne participent pas au gouvernement, et visait à préparer un débat de politique générale à la Chambre des députés. Un tournant M. Prodi avait décidé fin juin de lancer une «vaste vérification» de sa majorité à la suite du refus de Refondation communiste (RC) d’approuver l’élargissement de l’OTAN à trois pays d’Europe de l’Est. Lors du vote à la Chambre le 23 juin, le gouvernement n’avait obtenu la majorité que grâce aux voix de centre-droit. Au lendemain du vote, Massimo D’Alema, secrétaire des Démocrates de gauche (DS, sociaux-démocrates), principale formation du gouvernement, avait évoqué l’hypothèse d’élections anticipées si un nouveau consensus n’était pas trouvé au sein de la majorité, élue en avril 1996. Les dissensions majeures avec les communistes concernent la politique économique et sociale. Ceux-ci veulent que des mesures plus énergiques soient prises en faveur de l’emploi des jeunes, en particulier dans le sud du pays où le taux de chômage pour cette catégorie atteint 50%. C’est sur ce terrain que les communistes exigent que le gouvernement effectue «un tournant», en agitant la menace d’une rupture qui comporterait comme conséquence des élections anticipées. Cependant RC est divisé sur l’opportunité d’élections anticipées. Le secrétaire Fausto Bertinotti dit ne pas les craindre, tandis que le président Armando Cossutta estime que cela serait une catastrophe pour le pays qui retomberait aux mains de la droite. «Les communistes ont sans doute jugé qu’il était urgent d’attendre et c’est pourquoi ils ont remis la discussion de fond à l’automne», a dit un responsable de la majorité qui a requis l’anonymat. Les communistes avaient déjà menacé de faire chuter le gouvernement en octobre 1997 si celui-ci n’adoptait pas une loi sur les 35 heures. Ils s’étaient cependant contentés d’un engagement du gouvernement à réaliser cette réforme en 2001. (AFP)
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