Les brutalités policières restent un problème persistant aux Etats-Unis, où elles coûtent chaque année aux villes des dizaines de millions de dollars en dommages et intérêts, tandis que le système protège leurs auteurs, affirme l’organisation internationale «Human Rights Watch». Au terme d’une enquête de deux ans et demi, concentrée sur 14 villes américaines, l’organisation dénonce dans un volumineux rapport de 440 pages «un usage excessif de la force par la police, des coups de feu injustifiés, des personnes sévèrement battues, étouffées, des mauvais traitements non nécessaires» à travers tout le pays. «La brutalité policière est un fléau (...) qui touche de manière disproportionnée les Noirs, les Latinos et autres minorités», a déclaré lors d’une conférence de presse Kenneth Roth, directeur de Human Rights Watch. «Nous espérons que la tolérance des responsables américains face à la brutalité policière deviendra le scandale international qu’elle devrait être», a-t-il ajouté. Faute de statistiques fédérales, pourtant réclamées au département de la Justice depuis quatre ans par le Congrès, et n’ayant souvent pu obtenir de données précises auprès des autorités locales, Human Rights Watch ne donne aucun chiffre global, ni des personnes éventuellement décédées lors de leur garde à vue, ni des plaintes enregistrées au niveau national ou des Etats. Mais l’organisation rappelle notamment le cas de Abner Louima à New York, un Haïtien torturé par la police en août dernier, ou celui d’Anthony Baez, étouffé en 1994 par un policier new-yorkais objet de multiples plaintes et depuis acquitté. Elle évoque également le cas de Michael Cox à Boston en 1995, un policier noir en civil, sévèrement battu par des collègues qui l’avaient pris pour un suspect. Lutte contre la criminalité A New York, où la police mène depuis 1993 une vigoureuse lutte contre la criminalité, les plaintes de résidents contre la police ont augmenté de 56% entre 1993 et 1996, souligne le rapport. A Washington, ajoute-t-il, aucune donnée n’est disponible sur les abus commis par une police dont la réputation est exécrable. A San Francisco, les contribuables ont payé des centaines de milliers de dollars pour des procès civils intentés à la ville après que des policiers eurent tiré sans raison sur des suspects. A Detroit, les abus policiers ont également coûté à la ville plus de 100 millions de dollars depuis 1986, soit plus de 2.400 dollars par an et par policier. A Chicago, entre 1972 et 1991, plus de 60 personnes ont affirmé avoir été torturées durant un interrogatoire. Aucun policier n’a jamais été poursuivi. Human Rights Watch souligne également la corruption de la police de Philadelphie, qui a conduit en 1995 à annuler de nombreux dossiers criminels, et coûté des dizaines de millions de dollars au contribuable. Dans toutes les villes examinées (Atlanta, Boston, Chicago, Detroit, Indianapolis, Los Angeles, Minneapolis, La Nouvelle Orléans, New York, Philadelphie, Portland, Providence, San Francisco et Washington), les problèmes sont similaires. Les commissions chargées d’enregistrer et parfois d’enquêter sur les violences policières manquent de moyens. Les procédures disciplinaires sont trop lâches, les enquêtes internes souvent menées en secret. Les dommages et intérêts octroyés aux victimes sont la plupart du temps payés par les villes et non par la police, les procès locaux de policiers sont rares. Au niveau fédéral, les poursuites sont encore plus rares, ajoute le rapport, selon lequel «sur les milliers de plaintes reçues chaque année (par la division du département de la Justice chargée de recevoir les plaintes contre la police), une poignée seulement» vont jusqu’en justice. «Il faut une volonté politique pour mettre un terme à ces violations persistantes des droits de l’homme», a commenté Kenneth Roth. (AFP)
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