Le cas d’Alessandra Sgarella, une chef d’entreprise de 39 ans, enlevée à Milan (nord de l’Italie) le 11 décembre dernier, est la dernière illustration d’une industrie toujours florissante en Italie: celle de l’enlèvement contre rançon. L’espoir de retrouver la jeune femme dans de brefs délais s’est amenuisé cette semaine, alors que sept personnes — 6 hommes et une femme originaires de Calabre (sud) —, soupçonnées d’être impliquées dans son enlèvement, ont pourtant été arrêtées à la demande du juge Guido Salvi, chargé de l’enquête. Les recherches entreprises dans la région montagneuse d’Aspromonte, en Calabre, pour retrouver Mme Sgarella sont restées vaines et la police soupçonne que les présumés ravisseurs aient confié leur otage à une autre bande. Lundi, les téléspectateurs italiens ont eu la surprise de découvrir sur leur petit écran, six des présumés ravisseurs lancer un appel pour la libération de Mme Sgarella. Les six hommes ont expliqué qu’ils n’avaient «rien à voir» avec cet enlèvement mais qu’ils demandaient «la libération immédiate» de l’otage «pour rendre moins grave leur situation vis-à-vis de la justice». A la fin de l’appel, croyant les micros éteints, le patriarche de la bande, Vincenzo Lumbaca, 68 ans, n’a pu s’empêcher de lancer en patois calabrais: «Devons-nous encore faire les pitres?» A la tête, avec son mari, d’une entreprise de transports employant 180 personnes, Alessandra Sgarella a été enlevée alors qu’elle rentrait chez elle dans le quartier chic de Milan, à San Siro. Le 20 janvier, les ravisseurs se manifestent une première fois et réclament 50 milliards de lires (28,5 millions de dollars), la plus énorme demande de rançon jamais exigée en Italie. Les ravisseurs ont depuis abaissé leurs exigences et leur dernière demande, en mars dernier, évoquait une rançon de 4.100 millions de lires (2,3 millions de dollars). Oreilles coupées Au cours des trente dernières années, près de 700 personnes ont été enlevées contre rançon en Italie, et 93 personnes n’ont jamais été retrouvées. Dans presque tous les cas, les preneurs d’otages sont Sardes ou Calabrais. Les témoignages d’otages libérés sont effrayants: gardés dans les montagnes dans des grottes ou des puits, généralement enchaînés, les yeux bandés, ils sont souvent traités comme des animaux. Les ravisseurs n’hésitent pas à mutiler leurs otages, dont des enfants, pour accélérer le paiement de la rançon. La police ne retrouve que rarement les cadavres des otages exécutés et soupçonne les ravisseurs de donner les corps de leurs victimes en pâture aux cochons. Pour mettre fin à cette industrie barbare, le Parlement italien a décidé en 1991 d’interdire le paiement des rançons et de confisquer les biens des membres de la famille d’un otage. Ainsi, les biens de la famille de Mme Sgarella ont été bloqués dès le 22 décembre, onze jours après son enlèvement. Cette disposition est vivement contestée par les familles des otages. En février dernier, un industriel de Brescia (nord), Giuseppe Soffiantini, 62 ans, a été relanché après huit mois de captivité contre une rançon de 5 milliards de lires (2,4 millions de dollars). M. Soffiantini avait été torturé par ses ravisseurs qui lui avaient découpé un morceau d’oreille. Ce développement dramatique avait assoupli la position des autorités et le juge Giancarlo Tarquino, chargé de l’affaire, avait précisé que la loi n’excluait pas totalement qu’une rançon puisse être payée légalement dans «certains cas». En novembre dernier, une jeune femme de 28 ans, Silvia Melis, avait également été libérée au bout de neuf mois après le paiement d’une rançon de 1,4 milliard de lires (800.000 dollars). Un industriel sarde avait avancé cet argent au père de la jeune femme dont les biens avaient été bloqués. Les partisans de la loi de 1991 soulignent que depuis son application, le nombre d’enlèvement s’est élevé à «seulement» 39 alors que pendant la seule année 1975, 75 personnes ont été enlevées. Ceux qui souhaitent une révision de la loi, comme le maire sarde de Tortoli, Franco Ladu, qui a pris la tête d’une association des maires de Sardaigne pour le changement de la loi, font remarquer que le pourcentage d’otages assassinés est passé de 19% avant la loi de 1991 à 18% après son adoption. Les partisans de la loi répliquent que le paiement de la rançon, n’assure pas le retour de l’otage: 47 personnes, pour qui la famille avait payé une rançon, n’ont jamais été retrouvées. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le cas d’Alessandra Sgarella, une chef d’entreprise de 39 ans, enlevée à Milan (nord de l’Italie) le 11 décembre dernier, est la dernière illustration d’une industrie toujours florissante en Italie: celle de l’enlèvement contre rançon. L’espoir de retrouver la jeune femme dans de brefs délais s’est amenuisé cette semaine, alors que sept personnes — 6 hommes et une femme originaires de Calabre (sud) —, soupçonnées d’être impliquées dans son enlèvement, ont pourtant été arrêtées à la demande du juge Guido Salvi, chargé de l’enquête. Les recherches entreprises dans la région montagneuse d’Aspromonte, en Calabre, pour retrouver Mme Sgarella sont restées vaines et la police soupçonne que les présumés ravisseurs aient confié leur otage à une autre bande. Lundi, les téléspectateurs italiens...