Les rois meurent-ils? A la télévision, peut-être, à la radio quelquefois. Mais dans la réalité, dans l’imaginaire populaire?… La télévision d’Etat égyptienne a interrompu ses émissions dans la journée de mercredi pour annoncer le décès de celui que l’on surnomme dans le monde arabe «le roi de l’écran», l’inusable Farid Chawki. Une nouvelle qui aurait pu ne surprendre personne, étant donné l’âge — 75 ans — de l’intéressé. A Beyrouth, les chaînes se sont mises au diapason et les archivistes commençaient à préparer pour la soirée, pour les jours à venir aussi, des films de l’acteur. Ce dernier s’est chargé, après son épouse et sa fille, de démentir la nouvelle. Avec beaucoup d’humour: «Simple répétition», a-t-il dit. Il aurait pu, à l’instar de cet humoriste anglo-saxon, faire dire par son attaché de presse que «les nouvelles de ma mort ont été grandement exagérées». Tout commence à midi, mercredi. «L’Egypte a perdu l’un de ses grands artistes», déclare une présentatrice de la télévision d’Etat en interrompant les programmes. Aucune précision sur la cause du décès, mais un flot d’informations se rapportant à sa carrière, à ses amours, à sa santé. Les agences de presse s’y mettent elles aussi, rappelant que Farid Chawki, spécialisé des années durant dans les rôles de «méchant dur» auxquels se prêtait son physique, avait joué dans plus de 400 films, en particulier à l’âge d’or du cinéma égyptien, c’est-à-dire dans les années cinquante-soixante. A l’époque, il était adoré du petit peuple, une raison pour laquelle on l’avait surnommé «le roi du troisième balcon» où s’entassaient les spectateurs désargentés. Dans l’après-midi, coup sur coup pleuvaient les démentis. Ce fut d’abord l’épouse du «défunt», qui précisa que son mari se portait «comme un charme». Mme Souheir Tork déclarait alors: «Il est à la maison, après avoir été hospitalisé durant vingt jours pour une fracture à la jambe gauche. Il est sorti hier (mardi) de l’hôpital». Nahed Chawki, sa fille, montait elle aussi en première ligne: «Mon père a été très secoué par cette histoire, disait-elle. J’étais dans la rue lorsque des proches m’ont appelée sur mon téléphone portable pour m’annoncer la nouvelle, je me suis précipitée et j’ai trouvé mon père chez nous, en bonne santé, Dieu merci». Puis, ce fut la grosse caisse de l’agence officielle de presse MENA qui indiquait: «La télévision a démenti le décès du grand artiste». L’agence ne venait pas moins de donner une longue biographie de l’acteur. Caméras de la TV chez l’acteur. Manifestement fatigué, Chawki est allongé sur son lit et enveloppé d’une couverture rose. Il sourit quand même: «Il s’agissait d’une répétition générale». Curieusement, Farid Chawki a lui-même joué de façon prémonitoire le rôle d’un homme donné pour mort mais vivant en réalité dans «Expulsé du paradis», un film qui remonte aux années 70.
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