La mine soucieuse, des courtiers s’affairent au téléphone, l’œil rivé à des terminaux d’ordinateurs qui affichent les derniers cours de la Bourse: scène classique d’une salle des marchés en un lieu qui l’est beaucoup moins, l’Eglise anglicane à Londres. Dans cette pièce enfouie au cœur d’un bâtiment historique de la capitale britannique, les prélats du royaume gèrent avec un soin de banquier un colossal portefeuille d’actions de 2,2 milliards de livres (3,65 milliards de dollars). Une fortune aujourd’hui très controversée car elle inclut des participations dans des sociétés d’armements comme GEC et GKN, des groupes pétroliers comme Shell et BP épinglés par les écologistes et même le laboratoire Pfizer, fabricant du Viagra, le nouveau médicament miracle contre l’impuissance. «Nous sommes tenus par la loi d’investir en vue d’obtenir le meilleur profit», se défend le porte-parole de la commission financière de l’Eglise officielle du Royaume-Uni, Arun Kataria. «Dans la Bible, il y a plus de références à l’argent qu’au salut. Le livre sacré encourage à prendre soin des ressources», assure-t-il. L’Eglise d’Angleterre s’est dotée d’une politique éthique suffisamment élastique pour lui permettre ce grand écart. Elle exclut les sociétés de paris ou les fabricants de tabac mais autorise les investissements dans les entreprises «qui réalisent la majorité de leurs activités dans l’armement». Ce qui est le cas de GEC et GKN. Par ailleurs, elle laisse toute latitude à ses diocèses pour réaliser en parallèle leurs propres affaires. Celui de Salisbury détient ainsi 491.000 dollars dans British Aerospace, premier marchand d’armes britannique. Les pacifistes jugent cette attitude mercantile et hypocrite. «Cela va à l’encontre des enseignements de l’Eglise et de l’éthique de la chrétienté», proteste Sam Perlo-Freeman, responsable d’une association chrétienne au sein du mouvement Campagne contre le commerce des armes (CAAT). Sacerdoce L’Eglise anglicane a beau être d’Etat, elle est financièrement indépendante et a, avant les autres, compris le profit qu’elle pourrait tirer des placements boursiers. Son portefeuille a commencé à être constitué dès 1948. Aidé par la proximité de la City, première place financière européenne, il n’a cessé de croître depuis pour dépasser sa légendaire richesse immobilière, qui atteint aujourd’hui 1,3 milliard de livres. A l’exemple d’une société cotée en Bourse, elle publie chaque année un volumineux bilan de ses comptes à l’attention de ses 27 millions de baptisés. Les opérations sont supervisées par un comité comprenant le primat d’Angleterre, l’archevêque de Canterbury, une pléiade d’ecclésiastiques et à titre symbolique le premier ministre. Ce n’est toutefois pas là que les vraies décisions se prennent mais dans la «salle des marchés», à deux pas du palais de Westminster. Dix personnes y travaillent à plein temps pour gérer le portefeuille. Les «traders» de l’Eglise, qui ont tous une formation dans la finance, sont dirigés par un homme qui a passé vingt ans dans une banque d’affaires de la City avant de mettre ses compétences au service du Tout-Puissant, Tony Hardy. «Je ne suis pas venu ici pour le salaire qui représente seulement un tiers de ce que je pourrais gagner», dit-il d’emblée. L’engagement tiendrait plutôt, à l’en croire, du sacerdoce. «Nous éprouvons tous des sentiments pour la religion chrétienne», ajoute-t-il gravement. L’équipe a connu en 1997 une année exceptionnelle avec plus de 80 millions de livres de revenus d’actions, venant s’ajouter à plus de 40 millions de revenus immobiliers. Tous ces fonds servent à entretenir la kyrielle d’évêques, doyens, diacres et autres recteurs (un clergé de 11.000 membres au total) et surtout à payer les retraites. Le nombre des retraités ne cessant d’enfler (10.000 environ) à mesure que la moyenne d’âge du clergé augmente, l’Eglise vient de se mettre au goût du jour en lançant en janvier un fonds de pension alimenté par les legs des fidèles. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La mine soucieuse, des courtiers s’affairent au téléphone, l’œil rivé à des terminaux d’ordinateurs qui affichent les derniers cours de la Bourse: scène classique d’une salle des marchés en un lieu qui l’est beaucoup moins, l’Eglise anglicane à Londres. Dans cette pièce enfouie au cœur d’un bâtiment historique de la capitale britannique, les prélats du royaume gèrent avec un soin de banquier un colossal portefeuille d’actions de 2,2 milliards de livres (3,65 milliards de dollars). Une fortune aujourd’hui très controversée car elle inclut des participations dans des sociétés d’armements comme GEC et GKN, des groupes pétroliers comme Shell et BP épinglés par les écologistes et même le laboratoire Pfizer, fabricant du Viagra, le nouveau médicament miracle contre l’impuissance. «Nous sommes...