Les Etats-Unis veulent continuer de faire monter la pression sur l’Inde et le Pakistan en incluant d’autres pays dans leur campagne de persuasion, à l’occasion d’une réunion du G8 vendredi à Londres. Des experts américains estiment cependant qu’un nouvel appel à New Delhi et Islamabad, même élargi aux huit grandes puissances, a peu de chances d’être entendu. Les gouvernements indien et pakistanais avaient traité par le mépris les deux précédentes mises en garde lancées par les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU (Etats-Unis, Russie, Chine, Grande-Bretagne, France), qui sont également les cinq puissances nucléaires officiellement reconnues, puis par l’ensemble du Conseil. «Si un groupe de plus en plus large de pays importants délivre le même message, nous obtiendrons peut-être que les décisions qui pourraient être dangereuses ne soient pas prises dans les semaines à venir», comme le déploiement d’armes atomiques ou de missiles balistiques par l’Inde et le Pakistan, a expliqué le porte-parole du département d’Etat, James Rubin. Il a réaffirmé les recommandations faites aux deux pays par les Etats-Unis et les quatre autres puissances nucléaires officielles et incluses dans le communiqué conjoint d’une réunion à Genève jeudi 4 juin: signer le Traité sur l’interdiction totale des essais nucléaires (CTBT), se joindre aux discussions sur un accord limitant la production de matière fissile, et prendre des «mesures de confiance», comme un accord de survol mutuel de leurs territoires, pour éviter les provocations et les erreurs d’appréciation. «L’objectif ultime serait que les deux pays renoncent (à l’arme nucléaire) mais cela ne devrait pas se produire à court terme», reconnaît un responsable du département d’Etat sous couvert de l’anonymat. «Pour l’instant, l’Inde et le Pakistan sont des Etats dotés d’armes nucléaires ou au moins capables de s’en doter et nous n’y pouvons rien», renchérit Steven Young, du groupe de recherches Basic (British American Security Intelligence Committee). Hors-la-loi Pour réduire la tension entre l’Inde et le Pakistan, et éviter que les deux pays ne soient tentés de se servir de leurs bombes atomiques pour régler leurs différends, les Etats-Unis militent en faveur d’un dialogue sur le Cachemire, principal pomme de discorde, y compris par une médiation. Mais là encore les experts sont sceptiques en raison de l’opposition de New Delhi à toute ingérence extérieure. «Il est vraisemblable que le gouvernement indien maintiendra la même approche, c’est-à-dire qu’il laissera toute tierce partie à l’écart», estime Michaël Krepon, directeur du Henry Stimson Center, un institut de recherches spécialisé dans le désarmement. Pour l’ancien secrétaire d’Etat, Henry Kissinger, le gouvernement américain doit «cesser de considérer que l’Inde et le Pakistan constituent le problème et les traiter en partenaires, dans un régime de non-prolifération et dans les efforts pour réduire la tension en Asie du Sud». Les responsables américains font valoir de leur côté que le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP) ne peut être signé que par des pays qui ont testé des armes nucléaires avant 1967 et qu’il n’est pas question de le modifier pour admettre l’Inde et le Pakistan car ce serait les récompenser de leur mauvaise conduite. «Il ne faut pas non plus exagérer la perspective de voir les essais nucléaires accroître le danger d’une guerre nucléaire», que ce soit entre l’Inde et la Chine ou entre l’Inde et le Pakistan, estime M. Kissinger dans un éditorial publié par le «Washington Post». Il faut également distinguer, selon lui, dans les efforts de non-prolifération entre les «Etats hors-la-loi», comme l’Irak ou la Corée du Nord, qui représentent une menace pour les intérêts américains et des pays comme l’Inde et le Pakistan. En passant, Henry Kissinger fait un sort aux sanctions économiques imposées par le Congrès contre New Delhi et Islamabad, les considérant comme inutiles — les deux pays «ne peuvent pas défaire ce qu’ils ont fait», dit-il — contre-productives et pas assez flexibles pour être un instrument diplomatique efficace. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les Etats-Unis veulent continuer de faire monter la pression sur l’Inde et le Pakistan en incluant d’autres pays dans leur campagne de persuasion, à l’occasion d’une réunion du G8 vendredi à Londres. Des experts américains estiment cependant qu’un nouvel appel à New Delhi et Islamabad, même élargi aux huit grandes puissances, a peu de chances d’être entendu. Les gouvernements indien et pakistanais avaient traité par le mépris les deux précédentes mises en garde lancées par les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU (Etats-Unis, Russie, Chine, Grande-Bretagne, France), qui sont également les cinq puissances nucléaires officiellement reconnues, puis par l’ensemble du Conseil. «Si un groupe de plus en plus large de pays importants délivre le même message, nous obtiendrons peut-être que...