Quatorze des 26 mafieux jugés pour les attentats de Florence, Rome et Milan qui avaient fait dix morts et une centaine de blessés en 1993 ont été condamnés à la prison à vie par la cour d’assises de Florence. Parmi les condamnés à perpétuité figurent le parrain Leoluca Bagarella, ex-chef de la branche militaire de la mafia sicilienne, Cosa Nostra, et Bernardo Provenzano, ex-bras droit de l’ancien «chef suprême» de Cosa Nostra, Toto Riina arrêté en janvier 1993. Toujours en fuite, Provenzano, probable successeur de Riina sur le terrain, était jugé par contumace. Le verdict de la cour d’assises, qui délibérait depuis lundi, correspond aux peines requises par le procureur Gabriele Chelazzi qui avait demandé la prison à vie pour les 14 chefs mafieux. Vingt ans de prison ont été infligés à l’exparrain Giovanni Brusca qui collabore avec la justice depuis son arrestation en mai 1996. En raison de ses déclarations contradictoires, les autorités judiciaires doutent cependant de la sincérité de son «repentir». Neuf autres mafieux ont été condamnés à des peines allant de 12 à 28 ans de prison tandis que deux prévenus ont été relaxés. Riina, initialement jugé avec les autres parrains, a vue, au fil des audiences, son cas dissocié des autres. Déjà condamné 11 fois à la prison à vie et impliqué dans d’autres procès, il ne pouvait plus être jugé à Florence pour des raisons «techniques». Par ailleurs, les mafieux devront verser des dommages et intérêts en faveur des parties civiles, dont 30 milliards de lires (environ 17,14 M USD) respectivement au ministère des Biens culturels et à la présidence du Conseil et 10 milliards de lires au ministère des Travaux publics. Le procès contre ces chefs mafieux avait débuté en novembre 1996. Ils étaient accusés de «massacre avec la circonstance aggravante du terrorisme à finalité mafieuse». Pas moins de 550 témoins ont défilé devant la cour d’assises au cours des 160 audiences de ce procès. La série des attentats, pour la plupart à la voiture piégée, avait débuté à Rome le 14 mai. Faisant une vingtaine de blessés, cet attentat visait un animateur de télévision, Maurizio Costanzo, sorti indemne. Il fut suivi le 27 mai par l’attentat de la Galerie des Offices de Florence qui fit cinq morts, dont deux enfants, près d’une quarantaine blessés et endommagea de nombreuses œuvres d’art. Implication de l’extrême droite Une nouvelle voiture explosa le 27 juillet à Milan, près de la galerie d’art moderne, tuant cinq personnes et en blessant une douzaine. Enfin le lendemain, plus d’une vingtaine de personnes étaient blessées, cette fois-ci par des bombes déposées devant les églises Saint-Jean de Latran et Saint-Georges au Vélabre de Rome. Ces attentats cherchaient à intimider l’Etat et l’Eglise italienne après les arrestations des chefs «historiques» de la mafia et la visite du pape Jean-Paul II en Sicile pour fustiger la mafia. En 1992, l’Etat italien a adopté des lois antimafia particulièrement sévères et efficaces, que les chefs de la mafia pensaient voir annulées par leur stratégie terroriste. «Ce verdict constitue la base pour une poursuite des enquêtes afin de savoir s’il y a une responsabilité autre que celle des personnes et de l’organisation criminelle aujourd’hui condamnées», a estimé le procureur Chelazzi. Des parties civiles ont sollicité la poursuite de l’enquête pour «trouver les mandataires» de cette stratégie terroriste subversive, comme l’a définie le procureur. Les magistrats de Florence s’interrogent toujours pour savoir comment la mafia, une organisation de criminels n’ayant que peu de liens avec la culture italienne, a été capable d’identifier des objectifs hautement symboliques de cette culture comme par exemple l’église Saint-Georges au Vélabre, une des plus anciennes églises de Rome. (AFP)
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