Le centenaire de la naissance de Federico Garcia Lorca, qui sera célébré aujourd’hui 5 juin, donne à l’Espagne l’occasion de redécouvrir le plus universel de ses écrivains du XXème siècle. Depuis la publication en juillet 1928 du «Romancero gitano», un «exemple génial de poésie élaborée avec du matériel commun qui recrée une Andalousie mythique», selon le critique littéraire Miguel Garcia Posada, Lorca est devenu un des écrivains les plus renommés de son époque. La célébrité ne l’a jamais quitté: ses pièces de théâtre continuent d’être interprétées, ses livres sont réédités et traduits régulièrement et l’apparition régulière d’un inédit, lettre ou poème, constitue toujours un événement. Sa vie — son amitié avec Dali, Bunuel et tous les grands poètes de sa génération, ses voyages à Cuba, en Argentine ou à New York, ses dons pour la musique ou la peinture, ses prises de position constantes en faveur des plus défavorisés — et sa fin tragique, fusillé par les troupes franquistes à Grenade au début de la Guerre civile, en août 1936, n’ont fait qu’ajouter à la légende. «Son assassinat, qui en a fait un martyr du fascisme, a eu beaucoup d’influence sur la diffusion de son oeuvre», estime Garcia Posada, responsable de la plus récente édition des œuvres complètes du poète. «Mais plus de 50 ans après sa fin misérable dans un ravin de Grenade, la grandeur de son œuvre et le prestige du poète restent énormes», ajoute-t-il. Avec la célébration du centenaire de sa naissance, Federico Garcia Lorca est cette année omniprésent en Espagne: à Grenade, avec un congrès international inauguré par Antonio Tabbuchi, à Fuente Vaqueros, son village natal proche de Grenade qui sera l’épicentre des festivités le 5 juin ou encore à Madrid, où une grande exposition lui sera consacrée au musée Reina Sofia. Un théâtre toujours vivant Diverses célébrations seront également organisées dans de multiples villes d’Espagne et dans plusieurs pays étrangers. Ses œuvres — même quelques rares bijoux comme «El Paseo de Buster Keaton», divertissement écrit avant la gloire — seront représentées partout en Espagne, et divers tournages ont commencé sur l’homme ou basés sur son œuvre, tels le film «De Granada a la Luna», un scénario inédit de Lorca auquel participent Imperio Argentina y Enrique Morente, ou une nouvelle version de «Yerma» avec Juan Echanove et Aitana Sanchez-Gijon. Pourtant, rien ne pourra exprimer l’immensité de la créativité de Garcia Lorca, décrit par l’Irlandais Ian Gibson, l’auteur de la biographie la plus reconnue du poète, comme «un des êtres artistiquement les plus doués de tous les temps». Depuis la première représentation de «Mariana Pineda» le 24 juin 1927, avec des costumes dessinés par Salvador Dali et l’actrice Margarita Xirgu en vedette, le théâtre de Garcia Lorca n’a cessé de rester vivant. Parallèlement au message social des principales œuvres de Garcia Lorca — «Yerma» ou «La casa de Bernarda Alba» — le caractère folklorique de ses pièces est souvent mis en lumière, comme par Carlos Saura dans «Bodas de sangre», qui a souvent soulevé les critiques des exégètes les plus purs du poète et dramaturge. «L’andalousisme de Garcia Lorca est seulement anecdotique», affirmait récemment le neveu de l’écrivain, président de la Fondation Garcia Lorca, Manuel Fernandez Montesinos. «Certains ne veulent voir en Garcia Lorca que la pointe de l’iceberg. Sa vie et son œuvre sont une mosaïque complexe», rappelait-il. Les dernières œuvres de Garcia Lorca —«Poeta en Nueva York» (1940), «Los Sonetos del Amor oscuro» (inachevés) ou le drame «El Publico» (1930), difficile à mettre en scène — montrent un virage définitif de l’auteur, abandonnant les formes traditionnelles d’expression pour entamer un travail plus complexe. (AFP)
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