Rechercher
Rechercher

Actualités - Reportage

Théâtre Le festival Ayloul IIe édition : répéter sans se répéter

«Ayloul», festival du théâtre expérimental, prépare sa deuxième édition. Septembre 97 avait été marqué par le théâtre de l’absurde. Septembre 98 sera plus éclectique. Les préparatifs, on s’en doute, vont déjà bon train. Des efforts qu’il convient de soutenir dès ce stade. En y faisant écho. Un festival, c’est d’abord une programmation. Les pièces présentées l’an dernier étaient toutes marquées du sceau de l’absurde. Qui «est une tendance d’après-guerre: le surréalisme est né au lendemain de la Première Guerre mondiale», explique Pascale Féghali, directrice d’«Ayloul». «On n’arrive pas toujours à s’exprimer après une épreuve pareille. L’absurde s’impose après chaque période de répression, de guerre ou de frustration. Dans les pièces de l’année passée, il y a eu beaucoup d’hystérie dans les gestes, au niveau de l’expression corporelle. L’absurde d’être encore en vie, c’est une situation qui peut sembler inhabituelle». «Ayloul 97 a été sous influence de l’Occident. Ce que les créateurs libanais ont voulu essayer dans cette première expérience festivalière, l’Occident l’avait déjà expérimenté. Nous ne sommes pas à la super pointe, mais c’est le processus normal d’évolution». Et d’insister sur le fait qu’il faut «aller à notre rythme. Le théâtre est une forme d’expression que nous avons appris de l’Occident, nous serons donc forcément influencés par lui. Le tout étant de trouver notre propre langage». La tendance internationale est actuellement plutôt décousue. Quant à celle qui prévaut chez nous, «il y a comme un brouhaha dans lequel on n’arrive pas à discerner les choses. Le contexte est assez difficile», estime Pascale Féghali. Les quatre pièces présentées en septembre dernier, étaient toutes des créations originales, aucune n’était basée sur un texte classique. «On avait donné la liberté aux artistes de faire ce qu’ils voulaient. Soit un texte d’eux, soit une improvisation autour d’un thème. Leur choix s’est porté sur des choses très personnelles». Pascale Féghali, avec le recul, constate avoir voulu créer alors «un mouvement artistique. Pour l’édition 98, ce n’est plus du tout le cas, nous présentons des entités très différentes. Ce qui est plus représentatif du théâtre libanais à l’heure actuelle». «Ayloul» a-t-il permis de confirmer des réalisateurs? «Les artistes qui sont passés à Ayloul avaient déjà leur propre cote. Le seul mérite du festival a été de les confronter, ce qui nous a permis de repérer une tendance artistique». Pour la sélection 97, «j’avais choisi des artistes novateurs», souligne-t-elle. «Je savais qu’ils étaient doués, qu’ils avaient quelque chose à dire». Pour la deuxième année, le choix s’est fait de deux manières: «nous avons demandé à certaines personnes qui se sont éloignées de la scène de créer quelque chose; puis nous avons ouvert la possibilité à de jeunes artistes de présenter des dossiers. La sélection a eu lieu en fonction d’une ligne artistique déterminée: un travail original qui présente une nouvelle recherche». Le but n’étant pas de choisir systématiquement des artistes qui font de l’avant-garde d’après Pascale Féghali. Les surprises, «Ayloul 97» en a réservé quelques-unes, aussi bien aux spectateurs qu’aux organisateurs, eux-mêmes. «On a beau connaître le thème et avoir suivi le travail, on est toujours surpris par la forme finale», affirme Pascale Féghali. «Les choses changent au dernier moment. Ce qui est beau dans la création, c’est d’être continuellement surpris...» Et elle ajoute dans un rire, «dans le bon ou le mauvais sens, cela reste à voir!» Défendre les projets ne l’empêche pas de faire la part des choses, «de garder une certaine distance par rapport à la création». La programmation de cette année est plus importante, plus diversifiée. Cinq pièces de théâtre dont une anglaise «qui traite de l’absurde, histoire d’avoir une référence de ce qui se fait en Europe»; deux spectacles de danse; cinq installations et cinq vidéos. L’année passée, cinq pièces dont une française, deux installations et une vidéo, budget 90.000 dollars. «Cette année le financement est moins important, pour des raisons de coupe budgétaire. Il est encore en négociation. Mais nous avons tenu à garder les partenaires qui nous avaient fait confiance pour la première édition, alors que nous n’étions encore qu’au stade embryonnaire». Ces sponsors sont institutionnels comme la Commission européenne, le ministère libanais de la Culture, l’Association française d’action artistique (AFAA) et le Centre culturel français; mais aussi privés, comme la Banque libano-française. «Les théâtres nous ont offert leurs salles avec les équipements, contre un pourcentage symbolique sur les entrées». Les difficultés ne se résument pas au financement. «Il y a un certain ordre dans l’organisation d’un festival. Je l’ai appris un peu à mes dépens. Mais je dois dire que malgré tout, l’expérience a été plutôt positive». «Ayloul» a bénéficié pour sa première édition de l’indulgence de la presse. «Je pense qu’il n’en sera pas de même cette année», observe Pascale Féghali. «Tous ceux qui organisent des festivals m’ont mise en garde. La deuxième année il faut prouver la qualité, la viabilité d’une expérience. Ce n’est qu’à partir de là qu’il y a continuité». Pour le moment, elle angoisse des fois côté budget, s’inquiète d’autres fois côté préparation de scène. «Je sais, par exemple, qu’il y a un moment, juste avant le début du festival, où tout le monde voudra arrêter, où les crises éclateront... Tout s’effritera pour mieux se reconstruire pendant le festival», prévoit-elle. Au stade actuel, tout est en place, les répétitions sont en cours, «nous en sommes à définir les besoins de chaque spectacle». Mieux structuré, «Ayloul 98» offre aux participants, outre une assistance technique (éclairagiste) et une aide financière à la production, les conseils avisés d’un coordinateur. «Chaque section -danse, théâtre, vidéo, installation- a le sien. Le rôle de ce spécialiste est de suivre le travail de près, d’apporter un regard à la fois extérieur et professionnel». Outre un comité local qui a aidé aux sélections, «Ayloul» est soutenu «par un comité international. Il y a à travers le monde, surtout en Europe, un grand mouvement d’intérêt pour le théâtre arabe». L’été est riche en festivals, quelle est la place d’«Ayloul» dans cette pléthore? «C’est un mini-festival en comparaison aux grosses productions de l’été. Nous avons de plus une autre politique de travail puisque nous misons sur les artistes libanais et sur des créations expérimentales. Les autres s’intéressent à de grandes vedettes internationales, et c’est très bien». Quant au fait de savoir si «Ayloul» a une place dans le paysage culturel libanais, Pascale Féghali dit s’être posé la question. «Ayloul n’est pas un festival prestigieux, cela n’encourage pas les financeurs. On est dans la recherche, dans le risque, nous devrions avoir une place mais je me demande dans quelle mesure ce qui n’est pas clinquant a encore droit d’exister». Elle estime que les festivals font du «bon travail à une grande échelle. Pour l’équilibre culturel du pays et le respect du pluralisme, il faudrait qu’Ayloul continue d’exister». La deuxième édition sur rails, la directrice du festival pense déjà à l’année prochaine. L’UNESCO a décrété qu’en 1999, Beyrouth sera «capitale culturelle arabe». Cela se fête. «Nous allons tenter de nous ouvrir sur les pays arabes et ceux de la Méditerranée. Une production plus large, afin de confronter nos expériences...» Recommencer sans se répéter, c’est ce qui s’appelle évoluer...
«Ayloul», festival du théâtre expérimental, prépare sa deuxième édition. Septembre 97 avait été marqué par le théâtre de l’absurde. Septembre 98 sera plus éclectique. Les préparatifs, on s’en doute, vont déjà bon train. Des efforts qu’il convient de soutenir dès ce stade. En y faisant écho. Un festival, c’est d’abord une programmation. Les pièces présentées l’an dernier étaient toutes marquées du sceau de l’absurde. Qui «est une tendance d’après-guerre: le surréalisme est né au lendemain de la Première Guerre mondiale», explique Pascale Féghali, directrice d’«Ayloul». «On n’arrive pas toujours à s’exprimer après une épreuve pareille. L’absurde s’impose après chaque période de répression, de guerre ou de frustration. Dans les pièces de l’année passée, il y a eu...