Les survivants du massacre de la place Tiananmen s’apprêtent à commémorer, jeudi, le neuvième anniversaire de la répression sous étroite surveillance policière, tout en se disant encouragés par la récente chute du président indonésien Suharto. «La démission de Suharto est une victoire pour le mouvement démocratique en Asie», assure Mme Ding Zilin, un professeur de philosophie qui tente depuis neuf ans d’établir une liste exacte des victimes du massacre du 4 juin 1989. «Comme l’Indonésie a commencé à évoluer, cela va influencer les autres pays d’Asie, la Chine, la Corée du Nord et la Birmanie, qui restent dominées par de vieilles dictatures», a-t-elle déclaré depuis son domicile de l’Université du Peuple, gardé en permanence par la police de Pékin. A la différence des manifestations étudiantes de 1998 en Indonésie, le «Printemps de Pékin» de 1989 s’est achevé avec l’envoi des chars pour rétablir l’ordre. La tête basse Dans la nuit du 3 au 4 juin, le propre fils de Ding Zilin a été tué par l’armée, écrasant les «barrages humains», qui empêchaient sa progression vers l’immense place du cœur de Pékin. La Chine n’a jamais fourni de bilan du nombre des victimes, mais la plupart des témoins l’évaluent à au moins plusieurs centaines de morts. Alors que des milliers de contestataires étaient arrêtés dans l’ensemble du pays au cours des mois suivants, les manifestations en faveur de la démocratie étaient qualifiées officiellement de «rébellion contre-révolutionnaire». Neuf ans plus tard, quelque 3.000 personnes restent détenues en relation avec le mouvement de 1989, selon des dissidents, et la police a réimposé sa surveillance annuelle pour empêcher quiconque de commémorer le massacre. «Après la répression du 4 juin, toute discussion politique a été interdite. Encore maintenant, la plupart des gens gardent la tête basse et évitent le sujet», reconnaît Qin Yongmin, un ancien de la dissidence. «Même s’il y a de plus en plus de manifestations en Chine cette année, elles sont toutes causées par des problèmes économiques et l’on parle très peu de politique», ajoute-t-il. En mars dernier, l’arrivée à la tête du gouvernement du réformateur Zhu Rongji avait relancé l’espoir d’une révision du jugement officiel sur Tiananmen, mais le premier ministre avait lui-même annihilé ces espoirs au cours d’une conférence de presse télévisée. Le Parti et l’Etat ont en 1989 «pris des mesures fermes pour stabiliser la situation» et mettre fin à ces «troubles», a-t-il déclaré. Différentes réunions du Parti et du gouvernement au cours des années passées «ont déjà abouti à une conclusion correcte sur cette question et celle-ci ne sera pas modifiée», a tranché M. Zhu. Ces propos n’ont pas empêché dimanche dernier quelque 3.000 personnes de défiler à Hong Kong pour demander une révision du verdict officiel sur Tiananmen, pour la première fois depuis le retour du territoire à la Chine. Le dissident Qin Yongmin reste optimiste. «Les manifestations indonésiennes nous aident, car elles font clairement mentir l’idée selon laquelle les Asiatiques se satisfont d’une dictature, pourvu qu’elle apporte un progrès économique», estime-t-il. «Même si le gouvernement n’a pas encore vraiment changé en Indonésie, le pays a fait un pas important sur la voie de la démocratisation en Asie orientale et cela encouragera sûrement le même processus en Chine», ajoute-t-il. (AFP)
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