Une vague déferlante de jazz souffle sur Beyrouth. Les amateurs sont probablement ravis et comblés et les non-initiés ont une chance en or de prêter là une oreille plus attentive... Le Goethe Institut et l’Université américaine de Beyrouth ont présenté à l’Assembly Hall un trio de choc dont le jazz moderne a brillé de mille feux... Tout d’abord un petit mot sur les «actants» de cet événement où la musique a emboîté le pas aux rythmes les plus débridés, les plus imprévisibles... Né en 1953, Christof Lauer (soprane et ténor saxophone) est membre du «Hessischen Rundfunk Orchester» depuis 1979 et du «NWR Big Band» depuis 1993. A son actif 3 C.D. dont «Bluebells» et «Evidence». Pour la batterie Wolfgang Haffner. Né en 1965, cet artiste a déjà à son actif plus d’un C.D.. On cite volontiers «Last exist», «I should have known» et «Moving on». Et pour compléter ce trio, Dieter Ilg à la basse. Découvert par Joe Viera, il a participé à plus d’un «atelier» de jazz et a perfectionné sa «basse» à l’Université de Fribourg et à l’Ecole de musique de Manhattan — New York. Aujourd’hui, pour son passage à Beyrouth, le Christof Lauer Trio a offert aux nombreux «Jazz addicts» venus l’écouter, un détonant cocktail de sonorités où «cool», «blue», «souls» et autres mélodies à parfum de continent noir ont une lumineuse résonance... Coup de foudre... A l’origine de cette fête musicale à trois, il y a l’histoire d’un coup de foudre. Celui de Christof Lauer pour la musique de John Coltrane. Au point de changer le cours et le sens d’une vie! Jetant aux orties six ans d’études de piano et de violoncelle, Christof Lauer décide de percer les sccrets du saxophone. Cap sur le temple du jazz à l’Université de Graz en Autriche! Son slogan devient alors «apprendre en pratiquant» et il se lance à corps perdu dans la mêlée du jazz. Tournées européennes couronnées de succès et formations d’un trio qui sillonne la terre avec, pour enjeu, comme d’émérites acrobates, l’équilibre gavamment dosé des sons et des rythmes... Gymnastique souple et agile où la musique est pulsation et rythme du cœur... Avec fantaisie, sensibilité et ces racines communes que sont les sept notes basiques d’un solfège, le Christof Lauer Trio galvanise des salles et entame, dans une incroyable allégresse l’enivrante aventure d’une vie: faire du jazz à satiété! Rythme d’enfer ou long ululement déchirant du saxo comme un cri dans la nuit, le jazz avait ce soir-là la stridence d’une absolue modernité. Vieille ballade ou morceaux plein d’humour, «hard» ou «soft» dans les frémissements d’une batterie en dialogue avec la basse, il y a dans cette performance des inventions rythmiques remarquables ainsi que des timbres survoltés et chauds. Dans ce balancement de rythmes accélérés ou calmes, se content des histoires aux dissonances étudiées ou dextrement improvisées. L’esprit de Duke Ellington, Miles Davis, Bob Hoggart, Thelonious Mark, Kriptop Koeda était présent sous les rosaces colorées de l’Assembly Hall, frissonnants sous les coups de boutoir d’une musique lâchée à bride tantôt abattue dans sa fougue d’éclat de diamant pur et tantôt assoupie sous la caresse d’une phrase faussement rêveuse comme pour mieux rebondir... Eclat du jazz ou jazz éclatant, allez savoir la différence pour ces musiciens et ce public totalement grisés par ce flot moussant de notes inspirées...
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