Le Fonds monétaire international (FMI) a dû accepter de faire preuve de réalisme et d’assouplir ses conditions à l’Indonésie, sous la pression des événements et de l’alarmante détérioration de la situation économique. La tentation pourrait être grande pour certains de voir dans ces geste la reconnaissance implicite par le FMI de sa responsabilité dans le déclenchement des émeutes et pillages de la mi-mai — au moins 500 morts — à la suite de la flambée des prix consécutive à l’application d’une exigence du Fonds: la levée des subventions. Quoi qu’il en soit, à l’issue d’une mission marathon de quatre jours à Jakarta, Hubert Neiss, le directeur Asie-Pacifique du FMI, n’a pu que constater la rapide détérioration de l’économie indonésienne depuis la mise en place du premier plan de sauvetage international en octobre. «L’économie indonésienne est dans un état grave et s’est encore détériorée», a admis l’expert, «il faut être pragmatique et allonger les délais (de mise en œuvre des réformes) quand certains d’entre eux n’ont plus de sens». Le Fonds a souvent été mis en cause pour sa gestion de la crise asiatique, notamment en Thaïlande et en Corée du Sud, ses détracteurs soulignant que les plans de réformes qu’il impose en contrepartie de son aide financière sont trop rigides et ne prennent pas en compte les conditions spécifiques de chaque pays. M. Neiss aura également compris à quel point l’ordre revenu après deux semaines de chaos est précaire alors que de nombreux observateurs n’excluent pas une reprise des émeutes et pillages dans les semaines ou mois à venir si la situation se dégrade encore. Le plan de sauvetage d’environ 40 milliards de dollars — montant équivalant à la fortune attribuée par la rumeur à la dynastie Suharto — doit sortir du gouffre une économie qui n’a fait que s’y enfoncer depuis juillet 1997. M. Neiss a mené la semaine au pas de course, avec un large éventail d’entretiens autant politiques qu’économiques avec le nouveau président Jusuf Habibie, ses ministres, des leaders de l’opposition ou d’associations, des prisonniers politiques amnistiés et des ambassadeurs occidentaux et asiatiques. Des mesures douloureuses Presque tous ses interlocuteurs ont plaidé auprès de lui en faveur d’une reprise des versements du FMI, suspendus après la démission de M. Suharto le 21 mai en raison de la confusion qui régnait. Beaucoup d’experts ou de personnalités de l’opposition, comme le dirigeant musulman Amien Rais, ont insisté sur la nécessité «d’alléger les souffrances du peuple». Le syndicaliste Muchtar Pakpahan, premier prisonnier politique amnistié par le président Habibie, a toutefois demandé au FMI d’attendre, redoutant que «les fonds n’aillent dans les poches des membres corrompus du gouvernement» et que l’apport d’argent frais ne diffère les réformes politiques. En dépit de l’assouplissement sur les délais, les remèdes radicaux demandés par le FMI restent les mêmes, comme l’a indiqué M. Neiss. Le redressement passe par des mesures souvent douloureuses sur le plan social comme la levée de subventions sur les produits de base. Alors que certains économistes expliquent déjà que 40 milliards ne suffisent plus à remettre l’Indonésie sur pied, M. Neiss a maintenu que ce montant n’avait pas de raison d’être augmenté. Mais, a-t-il dit, «plus tard, en fonction de l’évolution de la situation, nous verrons». (AFP)
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