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Actualités - Chronologie

Le passé ottoman ravive la tension entre Paris et Ankara

Les relations entre la Turquie et la France sont entrées dans une phase de tension, après la reconnaissance vendredi par les députés français du génocide arménien de 1915, en dépit des mises en garde d’Ankara. Le chef de la diplomatie turque, Ismail Cem, a promptement réagi au vote de l’Assemblée nationale française reconnaissant publiquement ce génocide, en affirmant qu’il aura «absolument des effets néfastes sur les relations turco-françaises», qui sont très bonnes. Interrogé vendredi matin à la radio, l’ambassadeur de Turquie à Paris, Sonmez Koksal, a également estimé que ce vote allait «certainement affecter nos relations». «Nous n’acceptons pas que l’Assemblée nationale française s’érige en tribunal international pour juger l’Histoire», a-t-il dit. Au contraire, le chargé d’affaires arménien à Paris, Christian ter Stephanian, a «salué cet acte historique de reconnaissance comme un nouveau témoignage de l’attachement profond de la France aux valeurs de justice et aux droits de l’Homme». La vivacité des réactions turques s’explique en partie par la crainte que l’exemple français soit suivi par d’autres pays européens et les Etats-Unis, où les Arméniens disposent d’un lobby puissant, estime-t-on. La France est devenue vendredi le premier grand pays européen à donner à cet événement historique un caractère officiel. Minimisant l’impact de ce vote sur les bonnes relations entre Paris et Ankara, le ministre français des Affaires étrangères Hubert Védrine a affirmé qu’il «n’y avait pas de raisons» pour que ces relations s’enveniment, et qu’il s’agissait d’une «initiative purement parlementaire». Ce vote n’en constitue pas moins une source d’embarras pour la France, qui s’est posée depuis plusieurs années comme le plus ardent défenseur de l’ancrage européen de la Turquie. Voté à l’unanimité, ce texte constitue une réponse à une revendication constante du peuple arménien et de la communauté arménienne de France. Perpétrés par le gouvernement des Jeunes Turcs de l’Empire ottoman, les massacres et les déportations d’Arméniens, de 1915 à 1917, ont fait entre 1,2 et 1,3 million de morts, selon les Arméniens (entre 250.000 et 300.000, selon les Turcs). La question de la reconnaissance du génocide des Arméniens a été soulevée de longue date tant en France que dans d’autres pays, suscitant de vifs débats publics. Historien de renom, Bernard Lewis avait récemment apporté sa caution intellectuelle à la Turquie en affirmant que la thèse du génocide «était la version arménienne de l’histoire», et reprenant les arguments de ce pays en déniant toute volonté d’extermination au gouvernement de l’époque. Ce point de vue est contesté par de nombreux historiens comme le Français Pierre Vidal-Naquet qui voit dans ce «génocide», le «modèle» du génocide juif, et dans les deux cas des «massacres d’Etat, inaugurant la série déjà longue du moderne massacre d’Etat». Mais aujourd’hui, les Arméniens de France ont paru avant tout vouloir regarder vers l’avenir, et même tendre la main aux Turcs pour qu’ils reconnaissent à leur tour le génocide. Massés depuis le matin devant l’Assemblée nationale, plusieurs centaines d’Arméniens étaient venus de plusieurs villes de France pour partager leur émotion. «C’est un jour historique pour nous. Quand ils ont voté, nous étions plein de joie. On n’en veut pas aux Turcs, on peut être amis, on peut être voisins, mais à condition qu’ils reconnaissent leurs fautes», a déclaré Alain Hovannessian, un petit drapeau arménien à la main. Les Arméniens de France, qui sont venus en France après les massacres, constituent la plus importante des communautés arméniennes en Europe, avec environ 350.000 membres. Plus de la moitié des six à sept millions d’Arméniens vivent aujourd’hui hors des frontières de la République d’Arménie.
Les relations entre la Turquie et la France sont entrées dans une phase de tension, après la reconnaissance vendredi par les députés français du génocide arménien de 1915, en dépit des mises en garde d’Ankara. Le chef de la diplomatie turque, Ismail Cem, a promptement réagi au vote de l’Assemblée nationale française reconnaissant publiquement ce génocide, en affirmant qu’il aura «absolument des effets néfastes sur les relations turco-françaises», qui sont très bonnes. Interrogé vendredi matin à la radio, l’ambassadeur de Turquie à Paris, Sonmez Koksal, a également estimé que ce vote allait «certainement affecter nos relations». «Nous n’acceptons pas que l’Assemblée nationale française s’érige en tribunal international pour juger l’Histoire», a-t-il dit. Au contraire, le chargé d’affaires...