Dans une cinglante lettre ouverte au procureur spécial Kenneth Starr, William Ginsburg, l’avocat de Monica Lewinsky, semble sous-entendre qu’il y a bien eu une liaison entre celle-ci et le président Bill Clinton. «Félicitations, M. Starr!», écrit-il dans la lettre, à paraître dans le numéro de juin du périodique «Lawyer», «Grâce à votre mépris implacable pour nos précieux droits constitutionnels, vous avez peut-être réussi à démasquer une relation sexuelle entre deux adultes consentants». «M. Starr, le gouvernement n’a rien à faire dans nos chambres à coucher, poursuit-il. Et pourtant, votre service a tenté de vider de leur sens les droits constitutionnels de notre république au nom de votre apparente détermination à mettre à bas la présidence». «Vous et vos collaborateurs avez vraiment fait davantage que d’envahir la vie privée du président Clinton et de Monica Lewinsky. Vous avez aussi envahi la vie privée de tous les Américains par vos efforts pour faire saisir les livres et autres écrits achetés par Monica pour sa lecture personnelle». Tout en qualifiant le poste du procureur Starr de «monstre non constitutionnel», l’avocat ajoute qu’«il est temps de nous débarrasser de cette dangereuse créature». Il exhorte le Congrès à abolir cette fonction et le président Clinton à faire «la démarche courageuse» de révoquer le magistrat «et de libérer l’Amérique». Invité par la chaîne de télévision CNN à commenter sa phrase sur la «relation sexuelle entre deux adultes consentants», l’avocat a déclaré qu’il ne fallait pas en conclure que le président avait bien eu une liaison avec la jeune stagiaire. «M. Starr a dépensé 40 millions de dollars prélevés sur l’argent du contribuable pour fouiller dans la vie personnelle du président. C’est tout ce que j’ai voulu dire. C’est tout ce que j’ai dit. Je ne dis rien à propos de Monica», a-t-il affirmé. Ce n’est pas la première fois que William Ginsburg, avocat d’ordinaire spécialisé dans les procès médicaux, s’en prend directement au procureur Starr. Ses formulations parfois contradictoires lui ont valu de vives critiques dans les milieux juridiques, où on les juge parfois excessives et maladroites. De source proche du dossier, on déclare à Washington que la famille Lewinsky chercherait un autre avocat pour le remplacer, ou du moins pour participer à la défense. La pression s’accentue La pression s’accentue sur l’ancienne stagiaire de la Maison-Blanche, qui s’est vue priée de fournir au FBI ses empreintes digitales et des échantillons de sa voix et de son écriture. Son porte-parole, Judy Smith, a précisé que Mlle Lewinsky, actuellement en visite chez son père à Los Angeles, se plierait aux demandes du procureur Kenneth Starr. Elle a ajouté que la jeune femme, qui n’a jamais été entendue par les enquêteurs, était par ailleurs «très désireuse de raconter sa version des faits». Le procureur Starr lui avait réclamé ces éléments d’information dès le 24 janvier, mais n’y avait pas donné suite, cherchant, en vain, à obtenir la coopération de la jeune femme dans son enquête criminelle. Il semble avoir décidé de durcir le ton, et les experts s’interrogent sur la possibilité qu’il contraigne Monica Lewinsky à témoigner sous serment devant le grand jury, instance de citoyens chargés de prononcer d’éventuelles inculpations (sur recommandation du procureur). Depuis qu’a éclaté le scandale, le 21 janvier, M. Starr et ses enquêteurs reconstituent minutieusement la vie de l’ancienne stagiaire à la Maison-Blanche, qui aurait eu une liaison de 18 mois avec M. Clinton. Cherchant à prouver que le président a menti sous serment en niant cette aventure et essayé de faire obstruction à la justice, avec subornation de témoins, ils étudient notamment les conversations téléphoniques de la jeune femme avec son amie Linda Tripp. Elle y raconterait sa supposée liaison avec M. Clinton et les conseils apparemment donnés par M. Clinton et par son ami, l’avocat Vernon Jordan, pour qu’elle mente à la justice. Ces conversations avaient été enregistrées à son insu par Linda Tripp qui les a ensuite remises à Kenneth Starr. Les enquêteurs en vérifient le moindre détail. Ils ont demandé une copie des relevés de cartes bancaires de Monica Lewinsky, traquant d’éventuels cadeaux à Bill Clinton. Ils ont cherché à vérifier quels livres elle avait achetés. Ils ont saisi des vêtements, ses carnets d’adresses, son ordinateur et ont également épluché ses courriers électroniques, ses relevés téléphoniques, ses allées et venues à la Maison-Blanche après qu’elle eut été mutée au Pentagone. Ils ont interrogé sa mère, ses amies, dont l’une a dû venir du Japon, un ancien amant, d’anciens collaborateurs... Monica Lewinsky, 24 ans, avait, début janvier, nié sous serment toute liaison avec M. Clinton. A l’époque, Vernon Jordan avait déployé une grande énergie pour lui trouver un emploi à New York dans le privé. Un juge fédéral a estimé récemment qu’elle ne bénéficiait d’aucune immunité juridique. Elle peut donc être inculpée s’il apparaît qu’elle a menti, ou si elle refuse de répondre. Le même juge, Norma Holloway Johnson, a également décidé la semaine dernière que les agents du Secret Service, qui assurent la garde rapprochée du président, devraient répondre aux questions du procureur. Ils s’y refusaient, affirmant qu’il était vital pour la sécurité des présidents américains que ceux-ci aient totale confiance en eux. Le temps apparaît compté pour Kenneth Starr, qui voudrait transmettre un rapport au Congrès avant que celui-ci ne soit complètement occupé par les élections de novembre. (AFP, Reuters)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Dans une cinglante lettre ouverte au procureur spécial Kenneth Starr, William Ginsburg, l’avocat de Monica Lewinsky, semble sous-entendre qu’il y a bien eu une liaison entre celle-ci et le président Bill Clinton. «Félicitations, M. Starr!», écrit-il dans la lettre, à paraître dans le numéro de juin du périodique «Lawyer», «Grâce à votre mépris implacable pour nos précieux droits constitutionnels, vous avez peut-être réussi à démasquer une relation sexuelle entre deux adultes consentants». «M. Starr, le gouvernement n’a rien à faire dans nos chambres à coucher, poursuit-il. Et pourtant, votre service a tenté de vider de leur sens les droits constitutionnels de notre république au nom de votre apparente détermination à mettre à bas la présidence». «Vous et vos collaborateurs avez vraiment fait...