La longue tournée au Moyen-Orient du guide spirituel du Hamas palestinien, cheikh Ahmad Yassine, lui a conféré la légitimité d’un rival à part entière du président palestinien Yasser Arafat, estiment des analystes palestiniens. Depuis deux mois, le responsable intégriste de 61 ans, cloué sur une chaise roulante, a été reçu avec les honneurs par les plus hauts dirigeants de la région lors de sa tournée qui l’a conduit en Egypte, en Arabie Séoudite, au Koweit, au Qatar, aux Emirats arabes unis, au Yémen, en Iran et en Syrie. Il doit encore se rendre en principe en Irak et au Soudan. Voyageant avec un passeport diplomatique que lui a accordé l’Autorité palestinienne de M. Arafat, cheikh Yassine a ainsi été le premier dirigeant palestinien à être reçu au Koweit depuis la guerre du Golfe en 1991. C’est «une nouvelle étape dans la stratégie» du mouvement de la résistance islamique Hamas «pour se placer désormais en tant qu’opposant politique à part entière», commente Ali Jarbaoui, professeur de sciences politiques à l’Université de Bir Zeit, en Cisjordanie. Pour cet universitaire, le Hamas est «une organisation extrêmement pragmatique, qui sait comment survivre et comment saisir les occasions». L’accueil digne d’un chef d’Etat réservé à cheikh Yassine dans les pays visités «constitue une reconnaissance officielle du Hamas comme principal mouvement d’opposition palestinienne, aux dépens des autres factions», souligne-t-il. Un modéré La tournée du fondateur du Hamas, qui est considéré comme une figure modérée au sein du mouvement, a lieu alors que M. Arafat doit affronter une frustration croissante des Palestiniens, en raison du blocage du processus de paix avec Israël depuis 15 mois. Le Hamas, qui s’est opposé dès le départ aux accords d’autonomie conclus par M. Arafat, estimant qu’ils bradaient les droits des Palestiniens sur leur terre, en touche aujourd’hui les dividendes. Selon des analystes palestiniens, l’intransigeance du premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a été pour beaucoup dans la réussite de la visite du chef du Hamas, notamment dans les monarchies du Golfe, qui ont voulu ainsi montrer leur exaspération face à la politique israélienne. Pour Ghassan Khatib, directeur du Centre de Jérusalem pour la communication et les médias, le Hamas «estime maintenant qu’il est en mesure d’imposer sa présence sur le terrain, dans le but inavoué de s’assurer un rayonnement à l’échelle régionale». Le Hamas, dont la branche armée est responsable de la plupart des attentats anti-israéliens depuis 1993, a obtenu, lors de la visite de cheikh Yassine à Téhéran, la libération par l’Iran de quatre Palestiniens faits prisonniers lors de la guerre avec l’Irak (1980-88). Selon le journal arabe parisien «al-Watan al-Arabi», cheikh Yassine a même obtenu de l’Iran un engagement de subventions de 15 millions de dollars par mois. D’un autre côté, le chef du Hamas qui se prépare à se rendre en Irak, veut s’imposer en tant que médiateur entre le Koweit et l’Irak «pour tenter de régler les problèmes qui les opposent notamment sur les prisonniers» koweitiens en Irak depuis la guerre du Golfe. Seul point noir de la tournée, les autorités jordaniennes ont refusé de recevoir le fondateur du Hamas, en raison «du délai trop court pour préparer la visite». Pourtant, cheikh Yassine avait été libéré par Israël en octobre, après huit ans de détention, à la faveur d’une intervention du roi Hussein. (AFP)
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