Plus de 5.000 candidats représentant 18 partis solliciteront dimanche le suffrage de trois millions de Sénégalais pour des élections législatives à risques pour le Parti socialiste au pouvoir depuis l’indépendance il y a 38 ans. La principale inconnue de ces élections, déterminante pour l’avenir de la démocratie sénégalaise, demeure le Renouveau démocratique, formé par des dissidents du PS et dirigé par l’ancien ministre Djibo Ka, qui a récemment fait scission avec le PS, tout en se réclamant du socialisme et de l’ancien président Senghor. Du score qu’il réalisera dimanche dépendra, selon les observateurs, la mise en place d’une éventuelle cohabitation à la sénégalaise, qui obligerait le président Abdou Diouf, également président du PS, à faire appel à l’opposition pour former son gouvernement. Outre cette hypothèse que n’osent envisager les responsables socialistes, les élections, qui verra le nombre de députés passer de 120 à 140 (70 au scrutin majoritaire et 70 à la proportionnelle), s’inscrivent dans la perspective d’une présidentielle qui aura lieu en l’an 2.000 et pour laquelle la candidature d’Abdou Diouf a déjà été présentée pour un quatrième mandat. La consultation de dimanche ne semble pas avoir mobilisé les foules et la campagne s’est déroulée jusqu’à présent dans le calme, à l’exception d’incidents mineurs, et dans une ambiance dépourvue de passion. Les états-majors des partis, qui terminent leur campagne à Dakar, ont lancé des appels pressants pour que les électeurs aillent retirer leurs cartes, dont à peine la moitié était distribuée à quatre jours du scrutin. En fait, ces élections se réduiront à un combat triangulaire entre un Parti socialiste peut-être usé par 38 ans de pouvoir sans alternance, son rival incontournable, le Parti démocratique sénégalais (PDS) de Me Abdoulaye Wade, et le Renouveau, qui risque de récupérer les laissés-pour-compte (nombreux) des deux autres partis. La vie politique au Sénégal a toujours été marquée en période d’élections par le phénomène des «transhumances pré-électorales», les déçus du socialisme se ralliant en masse aux libéraux du PDS, et inversement. Un duel sans merci Cette fois-ci, c’est le Renouveau qui pourrait profiter à la fois des transfuges du PS, parti largement majoritaire dans l’actuelle assemblée et très bien implanté en province, et du PDS, dont la récente participation au gouvernement et les investitures n’ont pas été appréciées par les militants. Ces élections se résument également à un duel sans merci entre Djibo Ka, qui fut l’ancien «dauphin» d’Abdou Diouf après avoir été l’enfant terrible du PS, et Ousmane Tanor Dieng, premier secrétaire du parti et «successeur putatif» du président, dont l’avenir se joue sur ces élections. Celui-ci assure que le PS obtiendra au moins 100 sièges dans la prochaine assemblée. Après un long suspense, la rupture entre les deux hommes a été consommée au mois de mars lors d’un Conseil national du PS où Abdou Diouf avait fermement condamné l’action du Renouveau, qui contestait la direction du parti. Pour survivre politiquement, Djibo Ka était dès lors contraint de présenter sa propre liste, provoquant une scission, peut-être lourde de conséquences pour le PS. Face au combat fratricide que se livrent le PS et le Renouveau, sous le regard interessé de Me Wade, qui a joué la carte des «marabouts» — en bonne place sur ses listes au détriment des responsables du PDS —, les autres partis ne devraient tenir que des seconds rôles. Qu’il s’agisse de la Ligue démocratique (ex-communiste) du ministre Abdoulaye Bathily, du PIT (communiste) d’Amath Dansokho, ou d’And Jef (ex-maoiste) de Landing Savané, qui ne s’est jamais compromis en participant à un gouvernement. La grande nouveauté du scrutin a été la mise en place d’un organisme indépendant, l’Observatoire national des élections (ONEL), chargé de superviser et de contrôler les élections pour en assurer la transparence et éviter les graves désordres post-électoraux comme le Sénégal en a connu dans le passé. (AFP)
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