L’interdiction en Egypte du Viagra, le nouveau médicament contre l’impuissance, a mis le pays en émoi: la pilule-miracle se vend à prix d’or au marché noir et inspire mille blagues aux caricaturistes. Le ministère de la Santé avait décidé dimanche d’interdire la fameuse pilule bleue et s’était donné jusqu’à novembre pour en étudier les effets secondaires sur la santé. Cité mercredi par le quotidien «al-Ahram», un haut responsable du ministère de la Santé, M. Moustafa Hadari, a justifié cette décision en affirmant que les autorités avaient «pris en compte le fait que la nature du citoyen égyptien est différente de celle du citoyen américain». Il n’a pas donné plus de précisions. Le mufti d’Egypte, cheikh Nasr Farid Wassel, dont les avis religieux ont force de loi, avait pourtant donné vendredi son feu vert à la pilule, la jugeant conforme à l’islam tout en exigeant que soit confirmée son efficacité. Une soixantaine d’hommes se sont portés volontaires pour se soumettre durant quatre mois à des tests conduits par le ministère, selon le président de l’association égyptienne de lutte contre les maladies sexuelles, le professeur Kamal Zaki. Les cobayes doivent être mariés, ne souffrir ni de dépression ni de schizophrénie et endurer leur calvaire depuis au moins six mois. En attendant, le prix du Viagra au marché noir a plus que doublé, passant en trois jours de 60 à 150 livres égyptiennes le comprimé (de 17,5 à environ 40 dollars). Quelque 300 pilules vendues sous le comptoir ont été saisies dans trois pharmacies du Caire durant les dernières 48 heures, selon la presse. A la bourse, l’action de la filiale égyptienne de la compagnie pharmaceutique américaine Pfizer, qui produit le médicament, a amorcé lundi un léger déclin, après avoir fortement grimpé la semaine dernière avec des rumeurs sur une prochaine autorisation du Viagra en Egypte. Le duo satirique célèbre en Egypte, formé par l’écrivain Ahmed Ragab et le dessinateur Moustapha Hussein, qui se délecte quotidiennement du sujet dans le journal «al-Akhabr», a demandé au gouvernement «des distributions supplémentaires de contraceptifs» pour pallier les effets du Viagra dans un pays qui compte un nouveau-né toutes les 26 secondes. Ailleurs dans la presse, un dessin montre un responsable annonçant la saisie d’une importante quantité de Viagra pour s’entendre répliquer par son collègue: «Et que penses-tu de son action?». Dans un autre, un homme commente devant le lit de mort de son père: «Dans son dernier soupir, il n’a dit qu’un mot, Viagra». Les journaux regorgent également de commentaires plus ou moins alarmistes. «Le Viagra pompe le sang, jusqu’à la dernière goutte du cœur et du cerveau, pour le diriger vers l’organe sexuel. Il a des répercussions dangereuses pouvant aller jusqu’à l’évanouissement ou la mort selon la force de la rencontre sexuelle», assure ainsi le doyen de la faculté de pharmacie à l’université de Helouan, M. Sobhi Ali Saïd, cité par le quotidien «al-Wafd.» (AFP)
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