Les immigrés clandestins et leurs défenseurs ont fait monter la pression en France ce week-end, à deux semaines de la date-butoir du 30 mai fixée par le gouvernement pour la régularisation de leur situation. Quelques milliers de sans-papiers ont manifesté samedi à Paris et une vaste opération de parrainage est organisée dimanche et lundi afin de réclamer les documents d’identité pour la totalité des quelque 150.000 immigrés sortis de la clandestinité suite à la proposition du gouvernement de gauche, formulée en juin 1997, d’examiner leurs cas pour une régularisation. Or, plus de la moitié de ces demandeurs devraient se voir opposer un refus et être priés de quitter le territoire français. Il s’agit pour la plupart de célibataires et de personnes sans attaches familiales. Au 30 avril, dernier bilan officiel, sur 144.707 demandes déposées, pour moitié à Paris et sa banlieue nord ainsi que dans le sud-est du pays, plus de 60.000 autorisations de séjour ont été accordées. 45.913 demandes ont été refusées. Une aide au retour offerte par le gouvernement n’a pas rencontré de succès: seuls quelque 300 sans-papiers déboutés l’ont acceptée. Les autres devraient être reconduits dans leur pays à raison de 12.000 environ par an, selon le ministre de l’Intérieur Jean-Pierre Chevènement. Le gouvernement, soutenu sur ce point par la majorité des Français, a averti qu’il ferait preuve de fermeté. Le premier ministre socialiste Lionel Jospin et M. Chevènement ont souligné que l’expulsion des immigrants sans papiers était inévitable. M. Chevènement s’est insurgé contre des associations et des pétitionnaires qui accusent la gauche de renier ses promesses électorales: «Jamais le gouvernement n’a parlé de régularisation générale», a-t-il dit. Outre les critiques des associations, les appels des intellectuels et d’une partie de la hiérarchie catholique, le dossier suscite des dissensions internes dans la coalition gouvernementale. Les Verts et des communistes avaient déjà participé à des manifestations à l’aéroport parisien de Roissy, allant jusqu’à empêcher l’explosion de Maliens. A la suite d’incidents, les compagnies Air France et Air Afrique avaient cessé d’embarquer des expulsés sur leurs vols réguliers, avant de revenir sur leur refus suite à un accord avec les autorités. Un seul expulsé est désormais admis par vol. Samedi encore, des manifestants ont protesté à Roissy, aéroport du nord de Paris, avant le départ de deux expulsés à destination de Bamako. Dimanche et lundi, deux parlementaires socialistes doivent se joindre aux élus écologistes et à des communistes pour prendre part à l’opération de parrainage organisée 48 heures durant dans un théâtre en banlieue parisienne. Il s’agit pour ces quelque 500 intellectuels, cinéastes, artistes ou simples sympathisants d’assister les débutés dans leurs recours et d’accompagner jusqu’aux portes des avions les sans-papiers en voie d’expulsion. Le gouvernement de gauche n’est pas le premier à être empoisonné par le dossier de l’immigration. En mars 1996, plus de cent mille personnes avaient défilé dans les rues à Paris pour dénoncer un projet de loi sur l’immigration de l’ancienne majorité de droite. Ce problème brûlant est exploité depuis vingt ans par le Front national (FN) d’extrême droite, devenu le troisième parti français, avec 15% des votes. Samedi, des organisations proches de l’extrême droite ont organisé une contre-manifestation à Paris, pour demander «expulsion immédiate des immigrés illégaux». Près de quatre millions d’étrangers résident légalement en France, sur une population totale de 60 millions. Le nombre d’immigrés clandestins est estimé à un demi-million. (AFP)
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