Les Serbes sont appelés à exprimer massivement leur hostilité à une médiation étrangère sur le conflit du Kosovo (sud de la Serbie), jeudi lors d’un référendum convoqué à l’initiative du président yougoslave Slobodan Milosevic et condamné par la communauté internationale. Sous peine d’être considérés comme des «traîtres à la nation», les quelque sept millions d’électeurs ont été invités par les partis de la coalition au pouvoir, dominée par les socialistes de M. Milosevic et les utra-nationalistes de Vojislav Seselj, à répondre «non» à la question: «Acceptez-vous une participation de représentants étrangers au règlement des problèmes au Kosovo?». Selon un récent sondage, 72% des inscrits se rendront aux urnes et 79% d’entre-eux voteront «non». Le refus serbe d’une médiation étrangère, réclamée avec insistance par les Albanais, bloque depuis plus d’un mois l’amorce d’un dialogue entre Belgrade et Pristina (chef-lieu de la province), alors que la présence renforcée de l’armée yougoslave au Kosovo a fait monter dangereusement la tension ces derniers jours. La consultation a lieu au lendemain de l’expiration mercredi du délai de quatre semaines donné par le Groupe de contact aux autorités de Belgrade pour entamer un dialogue avec les responsables albanais du Kosovo, sous peine de nouvelles sanctions internationales. Le Groupe de contact (Allemagne, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Russie) doit se réunir à Rome le 29 avril pour examiner la situation dans cette province de deux millions d’habitants, dont les neuf dixièmes sont Albanais et refusent l’autorité de Belgrade. Insensible aux pressions occidentales, M. Milosevic soutient que le problème du Kosovo est une «affaire intérieure» qui ne concerne que la Serbie. «Un médiateur international ne serait là que pour aider les séparatistes albanais et imposer une solution en leur faveur», a déclaré son chef de la diplomatie Zivadin Jovanovic. Campagne anti- occidentale tous azimuts L’ancien président yougoslave Zoran Lilic, aujourd’hui vice-premier ministre, a estimé que l’imposition d’un arbitrage international serait «un crime contre le peuple serbe». «Nous ne rejetons pas les bons offices de la communauté internationale mais les assauts contre l’intégrité de l’Etat (yougoslave) et la souveraineté nationale», a-t-il dit. La propagande officielle a lancé une campagne tous azimuts contre l’Occident, Allemagne et Etats-Unis en tête, accusés d’«encourager les terroristes et les séparatistes» albanais du Kosovo. «Le référendum confirmera que la Serbie (...)n’accepte pas d’être dirigée par une main de l’étranger», écrivait le quotidien pro-gouvernemental Politika. Les responsables albanais, qui ont proclamé en 1991 une «république du Kosovo» reconnue par la seule Albanie, réclament l’indépendance de la province ou au minimum un statut de république yougoslave égale en droits à la Serbie et au Monténégro, avec l’instauration d’un protectorat international civil comme étape transitoire. Les revendications albanaises sont rejetées par l’ensemble de la classe politique serbe. Elles «ne constituent pas une plate-forme pour des négociations mais une plate-forme pour une guerre», selon Vuk Draskovic, chef du Mouvement serbe du renouveau (SPO, droite nationaliste), principal parti d’opposition. Selon lui, les exigences du leader des Albanais de la province, Ibrahim Rugova, constituent «une négation des principes de base de l’ONU et de l’Union européenne sur l’inviolabilité des frontières». M. Draskovic a averti que si le revendication des Albanais du Kosovo était satisfaite, la Republika Srpska (RS, entité serbe de Bosnie) pourrait elle aussi réclamer l’indépendance, ce qui «annulerait les accords de paix de Dayton» sur la Bosnie. (AFP)
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