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Actualités - Chronologie

Un aspirant premier ministre fort en thème affronte une Douma goguenarde

Sérieux et technique jusqu’à l’ennui, l’aspirant premier ministre Sergueï Kirienko a affronté vendredi une Douma goguenarde, consciente que ce premier examen de passage du candidat du Kremlin n’était pas encore crucial pour le sort de la chambre basse du Parlement russe. Ce n’est en effet qu’au bout de trois refus du candidat de Boris Eltsine à la tête du gouvernement que la Douma sera dissoute et que des élections législatives anticipées seront proclamées. Les 409 députés présents (sur 450) le savaient bien. Ils sont arrivés très à l’aise vendredi matin dans l’hémicycle, distribuant avec coquetterie leurs petites phrases aux journalistes qui se pressaient sur leur passage. «D’accord, je vous donne une interview à la première pause dans le couloir du haut», dit Sergueï Babourine (national-communiste) à une journaliste de la télévision russe. Très télégénique avec sa mèche blanche tranchant sur une chevelure noire, M. Babourine est fidèle au rendez-vous et sait exactement où regarder quand il lance: «Pas mal le discours, pas mal, reste à savoir s’il (Kirienko) pourra le mettre en œuvre…». L’attitude de Sergueï Kirienko, 35 ans, durant ses trente minutes de discours, n’incite guère à l’indulgence. Sûr de lui, sans jamais bafouiller, le candidat a donné aux députés un véritable cours d’économie, aidé par des transparents destinés à retenir l’attention des élus dissipés. En vain, les parlementaires n’apprécient pas ce ton rapide et difficile à suivre, ce discours farci de chiffres et dépourvu de toute note de séduction. «On dirait un professeur qui parle devant ses étudiants», commente Sergueï Ivanenko, numéro deux du groupe d’opposition réformateur Iabloko. Les deux mains vissées à son pupitre, sans jamais sourire, M. Kirienko a dressé d’une voix neutre un sombre tableau de la situation économique du pays, et n’a pas négligé les piques indirectes aux précédentes équipes, accusées implicitement d’inefficacité voire de corruption. Les têtes de chapitre défilent sur deux écrans disposés à sa droite et à sa gauche, une nouveauté à la Douma. «Principaux indicateurs en hausse», «Inflation stabilisée», «Légère hausse de la croissance», «Payer les retraites», «Collecter les impôts», pouvaient lire les députés. Le premier ministre par intérim a renoncé à égayer son exposé en incluant des graphiques en couleurs pourtant préparés depuis deux jours par ses collaborateurs et destinés à «frapper l’imagination des députés», selon une indiscrétion publiée par le quotidien libéral Sevodnia. Le leader ultranationaliste Vladimir Jirinovski, boudé en début de séance par la presse lassée de ses déclarations racistes à l’emporte-pièce, se rattrape à la pause. Il annonce que son groupe (qui compte 51 députés) retire le soutien qu’il avait pourtant promis au candidat. Aussitôt, à nouveau, les caméras se précipitent vers lui, M. Jirinovski a réussi à ravir la vedette de la matinée. Dans les couloirs et à la buvette, la vie continue avec ses relents soviétiques tranchant avec la «technocratie» moderne du candidat. Une femme en talons aiguilles passe, portant une quarantaine d’œufs (une obsession datant des pénuries). Au bar un panneau indique que «les députés sont servis avant les autres», et les parlementaires achètent avec empressement de l’excellent brandy à 90 roubles (15 USD), introuvable ailleurs à Moscou. Seule différence notable: ils payent désormais avec des cartes plastifiées STB, du nom de la Stolitchny Bank où sont virés leurs salaires. (AFP)
Sérieux et technique jusqu’à l’ennui, l’aspirant premier ministre Sergueï Kirienko a affronté vendredi une Douma goguenarde, consciente que ce premier examen de passage du candidat du Kremlin n’était pas encore crucial pour le sort de la chambre basse du Parlement russe. Ce n’est en effet qu’au bout de trois refus du candidat de Boris Eltsine à la tête du gouvernement que la Douma sera dissoute et que des élections législatives anticipées seront proclamées. Les 409 députés présents (sur 450) le savaient bien. Ils sont arrivés très à l’aise vendredi matin dans l’hémicycle, distribuant avec coquetterie leurs petites phrases aux journalistes qui se pressaient sur leur passage. «D’accord, je vous donne une interview à la première pause dans le couloir du haut», dit Sergueï Babourine...