Midhat Skender, 28 ans, enfile un lourd gilet pare-éclats et met son casque avant d’entrer dans le champ de mines factice pour se familiariser avec son détecteur. Le travail n’est pas nouveau pour lui — il a déminé pendant la guerre de Bosnie — mais l’équipement l’est. «Nous allions dans les champs de mines en jeans et en tennis», se souvient-il. «Nous n’avions pas de protections». Skender est l’un des 28 soldats de l’armée de la Fédération croato-musulmane à suivre ce mois-ci le stage de 21 jours dans l’un des trois centres de formation créés par les Etats-Unis en mars. Les soldats musulmans sont entraînés à Travnik, à 60 kilomètres au nord-ouest de Sarajevo, les Serbes à Banja Luka, dans le nord-ouest du pays, et les Croates à Mostar, au sud. Des instructeurs locaux assurent la formation, sous le contrôle d’officiers américains. Les cours durent neuf heures par jour. Lorsque leur formation aura été achevée, les démineurs recevront le même certificat, qu’ils viennent de la Fédération ou de la Republika Srpska (entité serbe de Bosnie). Il y a environ un million de mines dispersées à travers toute la Bosnie, et elles tuent ou blessent chaque mois 50 personnes. Jusqu’ici, le déminage était confié à des organisations civiles, sous supervision de l’ONU. L’objectif est désormais de transférer une partie de cette responsabilité aux militaires locaux, même s’ils savent que leurs collègues civils sont mieux payés et mieux assurés. «Notre principale crainte est qu’une fois formés, ces soldats trouvent un meilleur salaire dans une autre organisation», explique le commandant Sejim Jazmin, chef de l’unité entraînée en ce moment à Travnik. Dans la Fédération, les démineurs perçoivent 800 marks (450 dollars) par mois, plus que le salaire moyen de 300 marks, mais bien moins que les 1.300 à 1.500 marks que gagnent les démineurs dans les organisations civiles. Et encore sont-ils heureux s’ils sont payés. Des démineurs d’une unité de l’armée serbe ont fait grève il y a quelques semaines à cause de retards dans le règlement de leur solde. Le «Mine action center» Un autre problème est la pénurie d’équipements, véhicules de secours, gilets de protection et détecteurs, ajoute le commandant Jazmin. «J’ai en ce moment une équipe qui démine à Sarajevo sans ambulance à sa disposition», dit-il. C’est le MAC — Mine action center (centre d’action contre les mines) — de l’ONU qui coordonne le déminage dans le pays. Son chef de programme, Ian Mansfield, explique la différence entre déminage et enlèvement des mines. Dans le premier cas, un champ de mines est nettoyé à près de 100%, dans le second ne sont enlevées que les mines qui apparaissent sur les plans, excluant celles qui auraient pu ne pas être enregistrées. Pour le moment, les soldats se contentent des champs de mines répertoriés, laissant à leurs collègues civils le soin du déminage aux standards ONU, connu aussi comme le «déminage humanitaire». Asmir Ramulj, lieutenant dans l’armée de la Fédération, confie que le manque d’informations fiables sur les champs de mines est un gros problème. M. Mansfield rétorque que le MAC possède des renseignements complets, et qu’ils sont à la disposition de tous. Le lieutenant Ramulj admet que des informations ont été échangées entre les anciens belligérants, mais met en doute leur précision. «Ces cartes sont vieilles et nous ne pouvons pas leur faire confiance», juge-t-il. (AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Midhat Skender, 28 ans, enfile un lourd gilet pare-éclats et met son casque avant d’entrer dans le champ de mines factice pour se familiariser avec son détecteur. Le travail n’est pas nouveau pour lui — il a déminé pendant la guerre de Bosnie — mais l’équipement l’est. «Nous allions dans les champs de mines en jeans et en tennis», se souvient-il. «Nous n’avions pas de protections». Skender est l’un des 28 soldats de l’armée de la Fédération croato-musulmane à suivre ce mois-ci le stage de 21 jours dans l’un des trois centres de formation créés par les Etats-Unis en mars. Les soldats musulmans sont entraînés à Travnik, à 60 kilomètres au nord-ouest de Sarajevo, les Serbes à Banja Luka, dans le nord-ouest du pays, et les Croates à Mostar, au sud. Des instructeurs locaux assurent la formation, sous...