«Cher Oncle Chocolat. Tu survoles chaque jour notre maison, s’il te plaît envoie-moi un parachute. Notre jardin est facile à reconnaître, il y a des poules blanches». Signé Mercedes. Pour Mercedes Wild, le souvenir du pont aérien qui sauva Berlin-Ouest du blocus soviétique reste avant tout associé à ces petits parachutes remplis de confiseries que les pilotes américains jetaient de leur cockpit avant d’atterrir. Mercedes, qui avait alors sept ans, rêvait de recevoir elle aussi un paquet au milieu de la ville assiégée. Prenant son courage à deux mains, elle écrivait une lettre au pilote américain Gail Halvorsen. Pendant près d’un an (juin 1948-mai 1949), les Berlinois de l’Ouest, rationnés en charbon, matières premières et nourriture, luttèrent chacun à leur manière pour survivre, en priant le ciel que les avions américains et britanniques continuent d’arriver. «Nous avions à peine de quoi nous nourrir», se souvient Mercedes. «L’occupant soviétique nous promettait bien de quoi manger à Berlin-Est», ajoute-t-elle. Mais peu de Berlinois de l’Ouest cédèrent à la tentation. «Ma famille était furieuse qu’une famille de l’immeuble ait déménagé dans le secteur soviétique», raconte Mercedes. «Nous étions prêts à tout sauf à devenir Russes», dit-elle. Pour l’ensemble de l’hiver, chaque foyer reçut 12,5 kilos de charbon ou de bois. L’électricité fut également contingentée, à raison de deux à quatre heures par jour. Pour se chauffer, les Berlinois coupèrent les arbres dans les parcs et errèrent dans les ruines de la Seconde Guerre mondiale — celle-ci n’était terminée que depuis trois ans — à la recherche de vieilles poutres. Les avions alliés apportèrent surtout des produits déshydratés — lait, pommes de terre, œufs en poudre — et des fruits secs, plus légers et donc plus faciles à transporter. Les journaux donnèrent des conseils aux ménagères sur l’art et la manière d’utiliser ces produits. Mercedes habitait tout près de l’aéroport de Tempelhof, en plein centre de Berlin, dans le secteur américain. Un avion y atterrissait toutes les trois minutes pour ravitailler les Berlinois. «Notre maison se trouvait dans un des couloirs aériens de Tempelhof», se souvient-elle. «Du troisième étage, on pouvait même voir les pilotes dans leur cockpit», ajoute-t-elle. L’un d’eux, le lieutenant Gail Halvorsen, avait pris l’habitude de jeter aux enfants des tablettes de chocolat accrochées à des mouchoirs transformés en parachutes, une idée qui inspira bientôt les autres pilotes. En signe de reconnaissance, il balançait légèrement son appareil à l’approche des pistes, ce qui lui valut le surnom de «Oncle ailes vacillantes». Mais pour Mercedes, il était devenu «Oncle Chocolat». Pendant des semaines, Mercedes attendit en vain un petit parachute. En novembre 1948, elle finit par recevoir bonbons et chewing-gums par la poste. A défaut d’avoir trouvé les poules blanches, Gail Halvorsen lui avait répondu par courrier. Le même Halvorsen, aujourd’hui âgé de 77 ans, a décollé une nouvelle fois le 5 mai pour Berlin, depuis les Etats-Unis cette fois, aux commandes d’un Douglas C-54 engagé dans le pont aérien. Après plusieurs escales, il s’est posé, lundi, à Tempelhof. (AFP)
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