La peste peut-être à l'origine d'une protection contre le Sida
le 11 mai 1998 à 00h00
Les survivants de l’épidémie de peste qui a ravagé l’Europe au XIVe siècle auraient transmis à leurs descendants contemporains une mutation génétique qui les protège contre le virus du sida, suggèrent des chercheurs américains dans la revue American Journal of Human Genetics parue vendredi. Si l’on en croit l’hypothèse décrite par le docteur Stephen O’Brien et son équipe de l’Institut national du cancer (NCI), cette particularité génétique serait apparue parmi la population européenne il y a environ 700 ans et s’y serait ensuite largement propagée à la faveur de la grande épidémie de peste bubonique qui s’est déclarée en 1346. La mutation aurait sérieusement augmenté les chances de suivie des personnes qui en étaient porteuses et se serait ensuite transmise jusqu’à nos jours de génération en génération. Aujourd’hui, près d’une personne d’origine européenne sur dix bénéficierait d’une telle mutation dans son patrimoine génétique, indiquent les auteurs de l’étude. Techniquement, cette caractéristique concerne un gène lié à un élément bien connu des spécialistes du sida, le co-récepteur CCR-5. Présent à la surface de certains globules blancs, les macrophages, cet élément permet au virus VIH de s’y accrocher et de l’infecter. Depuis quelque temps, les scientifiques ont établi que les personnes porteuses de deux copies de ces gènes mutants, c’est-à-dire héritées de chacun de leurs deux parents, sont virtuellement inattaquables par le virus VIH. Celles qui ne disposent que d’une seule copie de ce gène, baptisé CCR-5 delta-32, peuvent être contaminées par le virus mais y résistant beaucoup plus longtemps que les personnes «normales». Pour déterminer les origines historiques de cette mutation, les spécialistes du NCI ont accompli un véritable travail de détective. En étudiant le génotype de 4.166 personnes habitant à travers le monde, ils ont pu établir que cette mutation était prépondérante chez les personnes de race blanche, et plus particulièrement chez celles originaires d’Europe du Nord. Elle est ainsi nettement plus rare chez les Européens du Sud et de l’Est et les habitants d’Asie centrale, et totalement inexistante en Afrique et en Asie orientale. C’est grâce à un modèle mathématique que les médecins américains ont ensuite pu estimer l’âge de cette mutation et la faire remonter au XIVe siècle, une période où la peste noire a provoqué des millions de morts en Europe et en Asie. Pour vérifier leur hypothèse, les chercheurs américains souhaitent maintenant déterminer si la mutation en question protège effectivement contre la peste bubonique, un bacille qui s’attaque, comme le virus VIH, aux macrophages. «Si le mécanisme de destruction de la cellule causé par le bacille de la peste bubonique implique le récepteur CCR-5, alors (cette) mutation constituerait une hypothèse très séduisante permettant d’expliquer son apparition il y a 600 à 700 ans», concluent-ils. (AFP)
Les survivants de l’épidémie de peste qui a ravagé l’Europe au XIVe siècle auraient transmis à leurs descendants contemporains une mutation génétique qui les protège contre le virus du sida, suggèrent des chercheurs américains dans la revue American Journal of Human Genetics parue vendredi. Si l’on en croit l’hypothèse décrite par le docteur Stephen O’Brien et son équipe de l’Institut national du cancer (NCI), cette particularité génétique serait apparue parmi la population européenne il y a environ 700 ans et s’y serait ensuite largement propagée à la faveur de la grande épidémie de peste bubonique qui s’est déclarée en 1346. La mutation aurait sérieusement augmenté les chances de suivie des personnes qui en étaient porteuses et se serait ensuite transmise jusqu’à nos jours de génération en...
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