Les trois ans du président gaulliste français, Jacques Chirac, à l’Elysée ont été marqués sans fanfare, un an après le fiasco de sa dissolution de l’Assemblée nationale qui a mis en déroute ses troupes et l’a condamné à une cohabitation malaisée avec un gouvernement de gauche. Si plus de 40.000 de ses partisans ont fêté cet anniversaire lors de banquets organisés à travers le pays et même à Chicago, Rio de Janeiro ou Genève, M. Chirac n’en est pas moins isolé. Il est pris entre une majorité adverse qui s’efforce de le marginaliser et son camp qui le rend comptable de ses défaites successives depuis les élections législatives ayant suivi la dissolution. Les élections régionales de mars, loin de solder l’échec surprise des législatives, ont accéléré les ravages, en raison des alliances conclues avec l’extrême droite, laissant l’UDF (droite libérale et centriste) en survie artificielle. Le RPR gaulliste, parti que M. Chirac avait créé en 1976 et longtemps dirigé, relativement épargné par le séisme des régionales, n’a pas échappé à la crise, pris dans le tourbillon des enquêtes judiciaires et des luttes pour le contrôle de la mairie de Paris. Deux des plus fidèles lieutenants du président, le maire Jean Tibéri et l’ancien ministre de la Justice Jacques Toubon, s’entredéchirent pour le contrôle de cet ancien fief de M. Chirac qui l’avait dirigé pendant 18 ans avant d’accéder à la présidence de la République en 1995. Un ex-patron du RPR, Jean-François Mancel, président d’un conseil général de la région parisienne, a été mis en examen (inculpé) dans le cadre d’une affaire de corruption présumée. Face à cette débâcle, l’ancien premier ministre gaulliste Alain Juppé est sorti de sa réserve observée depuis son départ il y a un an, pour appeler l’opposition à «se ressaisir». Le séisme a toutefois apparemment épargné M. Chirac, élu pour sept ans. Il a retrouvé une popularité qu’il n’avait pas connue depuis son élection, 56%, selon le dernier sondage publié jeudi, et restauré son image: 82% des Français le trouvent «sympathique» et 75% «actif», selon une enquête réalisée en avril. Mais il est toujours devancé en termes de popularité par le premier ministre socialiste, Lionel Jospin. Celui-ci ne s’est d’ailleurs pas privé d’envoyer une pique au président, son vainqueur de 1995, à l’occasion de l’anniversaire de son entrée à l’Elysée. Lorsque le chancelier allemand Helmut Kohl congratulait M. Chirac au sommet franco-allemand d’Avignon (sud de la France), M. Jospin s’y est joint: «Il y a trois ans, j’ai félicité Jacques Chirac pour son élection et je me félicite d’être aujourd’hui ici pour célébrer cet anniversaire», a-t-il ironisé. (AFP)
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