Le nouveau gouvernement russe a présenté jeudi un plan budgétaire sur trois ans axé sur la rigueur afin d’éviter que l’endettement croissant du pays ne débouche sur une grave crise des finances publiques, répondant à une demande du président Boris Eltsine. «Nous allons passer d’une politique de rigueur modérée à une politique de rigueur», a déclaré le vice-ministre russe des Finances, Vladimir Pétrov, en présentant ce plan triennal. Le premier ministre russe Sergueï Kirienko et le président de la Banque centrale Serguei Doubinine ont par ailleurs averti jeudi que le gonflement de l’endettement pourrait entraîner une grave crise financière. M. Doubinine a estimé que cette crise pourrait être comparable à celle qu’a connue la Russie au début des années 90 avec l’hyperinflation. «Si nous ne résolvons pas le problème du service de la dette au cours des 2 à 3 prochaines années, un coup majeur sera porté aux capacités de défense et à la stabilité économique du pays», a déclaré le premier ministre russe devant le gouvernement, selon l’agence Itar-Tass. En raison des craintes suscitées par cet endettement, MM. Kirienko et Doubinine ont estimé que les projections budgétaires devaient être basées sur les scénarios les plus pessimistes. Le gonflement de la dette publique — qui comprend notamment la dette de l’ex-URSS, les bons du Trésor, les euro-obligations et les engagements vis-à-vis du Club de Paris — a réduit fortement la marge de manœuvre du gouvernement, en poussant les taux d’intérêt à la hausse et en absorbant des ressources de plus en plus importantes. Le premier ministre a indiqué le mois dernier que l’endettement extérieur s’élevait à 120 milliards de dollars. Le service de la dette a pour sa part été multiplié par dix entre 1993 et 1998, passant de 700 millions de dollars à 6,85 milliards de dollars, selon les chiffres publiés par le ministère des Finances. Faiblesse des recettes «Nous avons adopté une stratégie d’emprunt modéré car nous ne pouvons plus augmenter la dette de l’Etat et le service de la dette. Nous sommes proches de la limite de l’endettement quand un tiers du budget est consacré au service de la dette», a expliqué M. Pétrov. Cet endettement croissant s’expliquant notamment par la faiblesse des rentrées fiscales, le plan sur trois ans prévoit une augmentation de la collecte des impôts jusqu’à l’an 2001. Il limite aussi strictement le déficit budgétaire au cours des trois prochaines années et prévoit une diminution du service de la dette sur la même période. Enfin, le gouvernement veut faire adopter un «code budgétaire» stipulant que le projet de budget sera automatiquement mis en œuvre si la Douma ne l’a pas voté avant le 1er décembre. M. Pétrov a également indiqué que la Russie cesserait d’emprunter auprès du FMI en l’an 2000, à l’échéance du prêt de 10,2 milliards de dollars actuellement en cours. Une équipe du FMI doit revenir à Moscou à la fin du mois pour poursuivre l’examen de la situation économique du pays avant le déblocage d’une nouvelle tranche d’environ 700 millions de dollars. Le dernier versement du FMI, qui a critiqué la faiblesse des rentrées fiscales, remonte à janvier dernier. Le plan triennal a fixé les ressources budgétaires à 318,3 milliards de roubles en 1999 (53 milliards de dollars environ), 348,1 milliards (58 milliards de dollars) en l’an 2000 et 376,3 milliards en 2001 (62,5 milliards de dollars). Les dépenses augmenteront de 10,9% au cours des trois prochaines années, mais diminueront en proportion du PIB. Le déficit ressort ainsi à 113,4 milliards de roubles (18,49 milliards de dollars) en 1999, soit 3,6% du PIB pour diminuer à 88,7 milliards de roubles (2,4% du PIB) en 2001, selon l’agence ITAR-TASS. Les ressources allouées au service de la dette extérieure doivent également diminuer de 16% du montant des dépenses totales en 1999 à environ 12% en 2001, selon M. Pétrov. (AFP)
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