Bagdad a annulé les vols de l’Onu à destination ou en partance du pays, alors que le personnel humanitaire de l’Onu a repris mercredi ses activités en Irak, interrompues par les frappes américano-britanniques. Les autorités irakiennes ont empêché mercredi l’atterrissage d’un avion qui devait emmener le représentant spécial du secrétaire général de l’Onu en Irak, Prakash Shah. M. Shah, ainsi que le coordinateur humanitaire de l’Onu en Irak, l’Allemand Hans von Sponeck, qui devaient quitter le pays en avion pour des vacances de Noël, sont finalement partis par la route pour Amman. «Nous avons été informés par les autorités irakiennes de leur décision d’annuler les vols de l’Onu à destination et en partance de l’Irak depuis le départ de la Commission spéciale de l’Onu chargée de désarmer l’Irak», a déclaré un responsable de l’Onu à Bagdad, sous le couvert de l’anonymat. Les autorités de Bagdad ont affirmé que la décision d’annuler les vols des Nations unies visait à mettre à l’abri les appareils de l’Onu de tout incident qui pourrait opposer la chasse américaine et la DCA irakienne. «Nous avons adopté cette décision pour garantir la sécurité de l’avion de l’Onu et lui éviter d’être pris entre la chasse américaine et la défense anti-aérienne irakienne», a déclaré le sous-secrétaire aux Affaires étrangères à Bagdad, Nouri Ismaïl al-Wais. Il a souligné que Bagdad avait «informé mardi l’Onu de sa décision». C’est la première fois que les autorités irakiennes refusent l’atterrissage d’un avion de l’Onu depuis le début des missions de l’organisation internationale en Irak en 1991. L’Onu affrète un gros porteur C-130 Hercules pour le transport de son personnel, notamment les experts de l’Unscom entre l’Irak et Bahrein, à quelque 600 km au sud des côtes irakiennes. Dans le même temps, le personnel humanitaire, évacué à Amman pendant les frappes militaires, a repris ses activités au lendemain de son retour en Irak. «Tout le personnel des agences humanitaires a repris aujourd’hui (mercredi) le travail et va d’abord commencer à évaluer les dommages causés (par les frappes) au programme humanitaire de l’Onu», a annoncé un responsable du bureau d’information de l’Onu, Khalid al-Izzi. Le directeur du programme humanitaire de l’Onu en Irak Benon Sevan a demandé à toutes les agences de l’Onu une «évaluation rapide et détaillée des dégâts et des besoins urgents», liés à ce programme, a ajouté M. Izzi. Un responsable de l’Onu a assuré mardi que «le gouvernement irakien souhaitait voir le programme humanitaire redémarrer le plus tôt possible». Le Fonds des Nations unies pour l’Enfance (Unicef) a déjà lancé lundi un programme d’urgence pour aider à la réparation des dégâts causés notamment à deux établissements hospitaliers. Le programme «pétrole contre nourriture» n’a pas été substantiellement affecté, Bagdad disposant des stocks suffisants importés avant les bombardements. L’acheminement des vivres a repris mardi et une centaine de camions ont franchi les frontières jordaniennes et syriennes, selon l’Onu. Washington qui affirme que l’opération «Renard du désert» a atteint ses objectifs et réduit la machine de guerre du président irakien Saddam Hussein déclare cependant être prêt à envisager «la possibilité d’élargir» le programme «pétrole contre nourriture» en faveur de l’Irak si l’Onu l’estime nécessaire. «Il y a une possibilité d’élargir (ce programme) si le secrétaire général de l’Onu (Kofi Annan) et ses experts l’estiment nécessaire», a déclaré mardi le sous secrétaire d’État aux Affaires politiques Thomas Pickering. Pour l’instant, Bagdad est autorisé à exporter du brut à concurrence de 5,2 milliards de dollars tous les six mois afin d’acheter des vivres et des médicaments pour sa population. Ce geste «humanitaire» américain s’est en même temps accompagné par un avertissment de recourir au droit de veto au Conseil de sécurité si nécessaire afin de maintenir le régime de sanctions contre l’Irak. «Nous pensons que les sanctions doivent rester en place», a déclaré à la presse le porte-parole de la Maison-Blanche, Joe Lockhart, en réponse à une question sur le soutien éventuel de membres du Conseil de sécurité pour la levée des sanctions imposées contre Bagdad depuis la guerre du Golfe. «Nous nous opposons à tout effort visant à démanteler le régime des sanctions et si cela implique de recourir à notre veto, nous le ferons», a-t-il dit.
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