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Actualités - Chronologie

Dans l'ex-RDA l'euro rime avec regrets

Comme un Allemand de l’Est sur deux, la famille Kamin observe avec une méfiance particulière l’arrivée de la «nouvelle monnaie de l’Ouest», l’euro, dix ans seulement après avoir pu accéder aux joies du deutsche mark. «Tout cela va trop vite. On n’a même pas le temps d’en finir avec la réunification, voilà déjà quelque chose de nouveau», estime Lothar Kamin, 56 ans, épicier à Mitte, dans l’ancien Berlin-Est. L’inquiétude est grande surtout quant au pouvoir d’achat de la future monnaie et à son aptitude à succéder sans sourciller au sacro-saint mark, symbole de stabilité et de réussite économique depuis un demi-siècle. «Pendant des années, on a vécu en RDA avec une monnaie qui n’avait aucune valeur. Quand on partait en vacances dans le bloc de l’Est, en Hongrie par exemple, on nous demandait des deutsche marks-est», se souvient M. Kamin. Avec la réunification de l’Allemagne, «nous nous sommes réjouis d’avoir enfin, dans le deutsche mark, une monnaie, reconnue partout, dans laquelle on pouvait avoir confiance», ajoute-t-il. Le 1er juillet 1990, l’Allemagne fédérale a converti d’un coup de baguette magique des milliards de marks-est en deutsche marks sonnants et trébuchants. En l’espace d’une journée, 16 millions d’Allemands de l’Est se sont retrouvés propulsés au cœur de la société de consommation occidentale. Le mark-est a été échangé au taux de 1 contre 1, dans une limite de 6 000 marks, et de 2 contre 1 au-delà. Un euro valant globalement deux marks, la gymnastique de la conversion va ressembler à déjà vu en Allemagne de l’Est. «Je reste quand même très sceptique. Je me demande si cette monnaie sera vraiment stable et à quoi va ressembler ma retraite», s’inquiète M. Kamin. «C’est déjà difficile de respecter la stabilité dans un pays. comment cela va-t-il pouvoir marcher dans tous les pays de la zone euro à la fois?», ajoute-t-il. Sa femme, Monika, 53 ans, et ses deux enfants, Cornelia et Dirk, la trentaine, ne sont guère plus tranquilles. «Il manque tout simplement quelque chose à l’euro», note Cornelia, songeuse. «Quoiqu’il arrive, on ne peut plus rien y changer, la décision est prise», ajoute Dirk, résigné. «Pour les particuliers, je ne vois guère d’avantages. Il n’y aura certes plus de changes, à l’étranger, mais nous ne voyageons pas si souvent», relève Mme Kamin, également employée dans la petite entreprise familiale. En tant que commerçants, les Kamin n’ont-ils pas quand même une raison de se séjouir? «Certes, pour moi, ce sera plus simple... je n’aurais plus de «faux», lance Lothar Kamin, en pointant du doigt les francs belges, drachmes et autres monnaies encaissées par erreur pour des marks. Selon un sondage réalisé par l’institut Gallup dix jours avec l’entrée en vigueur de l’euro, 45 % des Allemands de l’Est sont opposés à la nouvelle monnaie, contre 36 % à l’Ouest. Après l’euphorie de la réunification et les désillusions qui ont suivi, le chômage ayant explosé dans l’ex-RDA (taux brut de 15,99 % en novembre), les Allemands de l’Est sont d’autant plus enclins à se méfier d’une nouvelle «révolution». M. Kamin, qui discute volontiers avec ses clients entre deux kilos de pommes de terre, en fait le constat tous les jours. «Les gens sont pessimistes. Je n’en connais pas un qui dise : l’euro, c’est super!», dit-il. La naissance de l’euro n’est pas devenue pour autant un sujet dominant des conversations de tous les jours. «En cette fin 1998, le vœu, c’est plutôt : bonne année et que tu gardes ton boulot!», constate M. Kamin.
Comme un Allemand de l’Est sur deux, la famille Kamin observe avec une méfiance particulière l’arrivée de la «nouvelle monnaie de l’Ouest», l’euro, dix ans seulement après avoir pu accéder aux joies du deutsche mark. «Tout cela va trop vite. On n’a même pas le temps d’en finir avec la réunification, voilà déjà quelque chose de nouveau», estime Lothar Kamin, 56 ans, épicier à Mitte, dans l’ancien Berlin-Est. L’inquiétude est grande surtout quant au pouvoir d’achat de la future monnaie et à son aptitude à succéder sans sourciller au sacro-saint mark, symbole de stabilité et de réussite économique depuis un demi-siècle. «Pendant des années, on a vécu en RDA avec une monnaie qui n’avait aucune valeur. Quand on partait en vacances dans le bloc de l’Est, en Hongrie par exemple, on nous...