Le seul rêve de l’ingénieur français Ernest Barrera, quand il a abandonné Paris il y a cinq ans pour venir travailler au Brésil dans une multinationale qui étudie les puits de pétrole, était de réunir rapidement l’argent nécessaire à l’achat d’un bateau. Il n’avait jamais imaginé que son travail le conduirait, il y a un an, à se faire embaucher dans un coin perdu de la forêt amazonienne où se trouvent 25 % des réserves de pétrole et de gaz naturel du Brésil. La compagnie nationale de pétrole «Petrobras», chargée de l’exploitation, a commencé à extraire de l’or noir de la région en 1988. Depuis lors, il existe sept champs pétrolifères avec des puits jusqu’à 600 mètres de profondeur dont la production dépasse 35 000 barils par jour. La jungle, les structures du champ pétrolifère et les installations destinées à accueillir les 2400 personnes qui travaillent dans cette région forment ce que la Petrobras a baptisé de «Province pétrolifère d’Urucu», du nom de l’affluent de l’Amazone qui passe tout près. Au milieu de l’enfer vert, Barrera, 30 ans, suit le même régime de travail que le reste des ouvriers: quinze jours de travail, quinze jours de repos. Remplir sa journée «Normalement, ce sont plus de 20 jours de travail et une semaine de repos. Je suis chargé d’examiner la composition de la roche que l’on trouve à mesure que l’on perfore le puits. Je n’ai ni horaire, ni jours de fête programmés. Les conditions sont que je dois être là quand on a besoin de moi», déclare Barrera. Le seul autre Français d’Urucu, Jean Guer, un mécanicien d’hélicoptère de 40 ans, originaire d’Annecy (est de la France), estime avoir un avantage «énorme» sur Barrera. Il travaille un mois à Urucu et passe 30 jours de congé en France. «Le mois ici est dur, mais après j’en ai un autre pour être chez moi avec ma femme et mes filles. Là-bas (en France), je n’ai pas de travail, ici j’en ai un et, en plus, je suis bien payé», a expliqué Guer. Le salaire des ouvriers d’un champ pétrolifère est directement proportionnel au temps de confinement exigé sur ce champ. Urucu est la seconde réserve de pétrole la mieux payée du Brésil. D’après Barrera, c’est quand son travail prend fin que commence le problème de savoir comment remplir la journée jusqu’à l’heure d’aller au lit. «Pas de cinéma, pas de petite amie, pas de bière et en plus je dois partager une chambre avec cinq autres travailleurs, donc pas d’intimité non plus», a déclaré Barrera. S’il le voulait, cet ingénieur pourrait déjà réaliser son rêve d’acheter un bateau, mais il avoue qu’il a peur de laisser son poste et de ne pas retrouver un emploi à la hauteur. «Tous les jours, je me dis que je dois me fixer un délai pour partir d’ici, mais à Urucu je suis le chef des ingénieurs et n’importe où ailleurs je perdrais cette catégorie», précise-t-il. Barrera ajoute qu’à l’approche de Noël, les conditions de travail se font encore plus pesantes. «J’ai déjà passé deux années à fêter Noël au fond d’un puits et cette année, je veux aller à Paris, ou à Montpellier (sud-est de la France), où vit une partie de ma famille», poursuit-il. «Je me dis souvent pourqoui on ne trouve pas du pétrole près de villes comme Paris ou Barcelone?» plaisante-t-il, tandis qu’il range méticuleusement ses outils.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le seul rêve de l’ingénieur français Ernest Barrera, quand il a abandonné Paris il y a cinq ans pour venir travailler au Brésil dans une multinationale qui étudie les puits de pétrole, était de réunir rapidement l’argent nécessaire à l’achat d’un bateau. Il n’avait jamais imaginé que son travail le conduirait, il y a un an, à se faire embaucher dans un coin perdu de la forêt amazonienne où se trouvent 25 % des réserves de pétrole et de gaz naturel du Brésil. La compagnie nationale de pétrole «Petrobras», chargée de l’exploitation, a commencé à extraire de l’or noir de la région en 1988. Depuis lors, il existe sept champs pétrolifères avec des puits jusqu’à 600 mètres de profondeur dont la production dépasse 35 000 barils par jour. La jungle, les structures du champ pétrolifère et les...