L’Allemagne a repris sa campagne pour obtenir une réduction de sa contribution au budget de l’Union européenne, vendredi au premier jour du Sommet européen de Vienne, confirmant l’extrême complexité de la discussion qui s’ouvre entre les Quinze sur les finances communautaires. «La capacité d’élargissement de l’UE dépend d’un accord sur le financement», a affirmé le ministre allemand des Affaires étrangères Joschka Fischer, réitérant de façon à peine voilée la menace d’un blocage allemand lors des négociations avec les pays candidats à l’adhésion. M. Fischer a cependant indiqué qu’«un compromis doit et sera obtenu» sur cette question très délicate de l’Agenda 2000, le projet sur le financement de l’UE pour les années 2000-2006, qui doit être assorti d’une réforme de la Politique agricole commune (Pac) et des fonds structurels, c’est-à-dire les aides aux régions les plus pauvres. Les États membres ont du reste multiplié les déclarations de bonnes intentions, sans chercher à dissimuler les graves divergences. M. Fischer a confirmé le calendrier, et affirmé que le débat se conclurait lors d’un sommet extraordinaire en mars à Bruxelles, sous présidence allemande. La Grande-Bretagne a même montré une dose de flexibilité, en suggérant qu’elle pourrait accepter une diminution de la ristourne à sa contribution budgétaire, dont elle bénéficie depuis 1984, lorsque Margaret Thatcher avait lancé: «I want my money back» (Je veux qu’on me rende mon argent). Si les Quinze s’entendent sur une refonte de la Pac, qui absorbe la moitié des dépenses de l’UE, le rabais britannique pourrait n’être reconduit que «partiellement», a admis le porte-parole du Premier ministre britannique Tony Blair. «Même avec cela (une réforme de la Pac), nous serons dans une position dans laquelle l’abattement (au budget) continuerait partiellement», a-t-il déclaré. Néanmoins, le porte-parole a réaffirmé que le principe du rabais n’était pas négociable. «Cela n’est pas négociable. Les gens comprennent l’histoire du rabais qui est lié à la nature des dépenses de l’UE, et en particulier à la Pac», a-t-il estimé. «Il y a des questions beaucoup plus importantes que le rabais: la réforme de la Politique agricole commune (Pac), les fonds structurels (les aides aux régions les plus pauvres), et le cofinancement» de certains aspects de la Pac par les budgets des États membres, a estimé le porte-parole britannique. La Grande-Bretagne veut faire de la réforme de la Pac l’élément central de la négociation. Mais comme Londres veut préserver son rabais, la France veut protéger la Pac, dont elle est la principale bénéficiaire. Les pays du Sud veulent, de leur côté, un maintien des fonds structurels, qu’ils jugent indispensables à leur développement économique. Dans le même temps, les principaux États membres préconisent un gel du niveau des dépenses du budget communautaire, et affirment que cela est compatible avec l’élargissement de l’Union aux pays d’Europe centrale, qui devrait intervenir aux alentours de 2005. L’Allemagne est traditionnellement le plus gros contributeur au budget de l’UE. Principale puissance industrielle, ses échanges ont profité de l’ouverture des marchés liés à la construction européenne, mais elle bénéficie peu des versements de la Pac. Sa participation au budget avait, de plus, été négociée avant la réunification. Jeudi, le chancelier Gerhard Schröder a mis les point sur les «i», en ébauchant devant le parlement l’épure de la présidence allemande de l’Union européenne au premier semestre 1999: l’Allemagne ne veut plus supporter l’essentiel du fardeau financier de l’Europe. «Nous ne pouvons ni ne voulons résoudre les problèmes de l’Europe avec le carnet de chèques allemand», a asséné le chancelier social-démocrate. Et de poser une «répartition plus juste» des contributions au budget de l’UE en préalable à tout élargissement. M. Schröder a choisi une grande fermeté de ton pour reformuler la requête du gouvernement allemand, ne laissant aucun doute sur ses intentions à la veille du sommet européen vendredi et samedi à Vienne.
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