De tout temps, les hommes ont eu besoin de maîtriser ce flux étrange qu’est le temps. De la clepsydre antique aux joyaux de pierres précieuses, la montre est passée de l’objet utilitaire à l’accessoire de mode. Mais sa fonction conserve un arrière-goût magique, celui de contrôler le cours inéluctable des heures... Au fil des levers et couchers du soleil, l’homme a toujours désespérément essayé de capturer cette notion étrange du temps. Dans son incapacité à finalement le contrôler, l’humanité s’est résignée à simplement le mesurer. Pour cela, il fallut se mettre au diapason de la nature, mais les divers systèmes mis en place ont toujours été et seront toujours arbitraires. Les premières ébauches de mesure Voici plus de vingt siècles que l’homme s’évertue à mesurer le temps qui passe. Les civilisations primitives, ne disposant d’aucune technologie, eurent d’abord recours aux éléments de la nature: le mouvement des étoiles, de la lune et du soleil permettaient d’établir les saisons de récolte et d’ensemencement, et les fêtes religieuses fixes. Ce mode de mesure correspondait aux besoins de l’époque. Mais avec la sophistication de ces mêmes civilisations, un besoin plus aigu de mesurer le temps se fit sentir. La plus ancienne méthode consistait à lier le temps aux mouvements des ombres. Pas moins de 3000 ans avant J.C., les premiers cadrans solaires firent leur apparition: de simples bâtons plantés dans le sol. Les Égyptiens et les Chinois furent les initiateurs de cette technique déjà fort évoluée, puisque le cadran s’ajustait en fonction du lieu et de la latitude où l’on se trouvait. L’obélisque égyptienne en est un bel exemple, appelée «Doigt de Dieu» en égyptien et «Celui qui sait» en grec. Une difficulté se posait néanmoins, lorsque le soleil était masqué. D’autres systèmes de mesure furent donc élaborés, basés surtout sur le temps que prenait une huile ou une chandelle pour brûler. Le sablier fut aussi inventé à cette époque, en 350 avant J.C. En même temps, les premières clepsydres furent conçues. Le mérite en revient aux Grecs. Cette montre à eau (clepsydre signifie voleur d’eau en grec), consistait en un réservoir plein d’eau se déversant dans un autre. Le second était gravé de mesures, et selon le niveau d’eau, chaque mesure indiquait une heure précise. Le début de la mécanisation Il faut attendre le IXe siècle après J.C. pour voir apparaître les premiers mécanismes associés aux clepsydres. C’est en 1090 que Su Song présenta la première horloge à l’empereur de Chine. Cette horloge à eau sonnait tous les quarts d’heure. Néanmoins, ce système de mesure était une nouvelle fois dépendant de conditions naturelles. Les scientifiques prirent donc conscience de la nécessité de créer un mécanisme pur. Le foliot vit donc le jour au XIIIe siècle. Un balancier fixé à une tige verticale était actionné par deux roues crénelées et oscillait. L’échappement était inventé, et est encore de nos jours en usage dans nos montres. Ces premières horloges prenaient cependant quinze minutes de retard chaque jour. Les forgerons furent les premiers artisans de l’horlogerie, étant les plus aptes au travail du fer. Vers 1350, seule l’Italie disposait d’horloges publiques, au nombre de trois. Au XIVe siècle, le premier système de sonnette fut mis en place à l’aide d’un petit marteau activé par des rouages et qui frappait une clochette. C’est ce que l’on appelle aujourd’hui une montre à répétition. Les montres prirent aussi des dimensions plus maniables, sans toutefois pouvoir être utilisées individuellement. Un développement spectaculaire La Renaissance, et son goût pour les sciences diverses, entraînera avec elle l’horlogerie. Le regain de l’art conduisit à créer des horloges esthétiques, mais aussi portables. Le XVIe siècle vit l’expérimentation de nouveaux métaux dans les montres. Le bronze et l’argent firent leur apparition. C’est à ce même moment que le ressort commença à être utilisé et permit de supprimer les poids du système de balancier. Peter Henlein de Nuremberg contribua par deux fois et de façon essentielle aux progrès de l’horlogerie. Il fut le premier à installer le mécanisme dans un boîtier, inventant ainsi la première montre. Il exécuta par ailleurs la première montre à ressort qui bénéficiait d’une autonomie de 40 heures. Les inventions de Henlein se seraient toutefois inspirées de dessins laissés par Léonard de Vinci. La réforme calviniste en 1541 influença radicalement l’avenir de la Suisse. En interdisant au peuple de porter des bijoux, la réforme contraint les joailliers, les graveurs et les orfèvres à se tourner vers un nouvel artisanat. Des réfugiés français et italiens les initièrent à l’horlogerie. C’est d’ailleurs François Ier qui donna sa légitimité à l’horlogerie en créant en 1544 la première confrérie des horlogers. En 1574, les premières montres de poche firent leur apparition, véritables bijoux de gravure et de technologie. Le XVIIe siècle vit l’apparition du balancier, sur l’invention de Galilée. Mais c’est l’Hollandais Christian Huygens qui le perfectionna en 1656. Les montres se firent de plus en plus petites et précises. La prédominance suisse C’est au XVIe siècle que la Suisse, Genève en particulier, fit son entrée sur la scène de l’horlogerie. En 1601, la première guilde des horlogers fut créée, elle comptait 500 membres. Au XVIIIe siècle, les horloges adoptèrent le style baroque de l’époque; des motifs gravés dans l’or et le cuivre se développèrent, ayant pour thème la faune, la flore, mais aussi l’amour, la beauté et l’érotisme. Du point de vue technologique, les horlogers perfectionnèrent les complications et réduisirent encore la taille des montres. Le désir de perfection des Suisses fit de ces derniers les maîtres de cette discipline: Jean-Marc Vacheron créa la firme Vacheron Constantin, la plus vieille société d’horlogerie du monde. En 1770, Abraham Louis Perrelet inventa un mécanisme qui serait à l’origine du mouvement perpétuel de Abraham-Louis Breguet. Breguet fut par ailleurs l’instigateur de nombreuses autres innovations technologiques. C’est en 1790 que la première montre de poignet fait son apparition, sur l’initiative des Suisses Jacquet-Droz et Paul Leschot. Le XIXe siècle verra la montre de poignet devenir populaire, ainsi que de nombreux perfectionnements technologiques se populariser; ainsi, la clé qui jusqu’alors servait à remonter la montre devient inutile; Nicolas Rieussec invente en 1822 le chronographe; en 1833, Charles-Antoine LeCoultre ouvre le premier atelier dans la célèbre vallée de Joux. LeCoultre et Adrien Philippe furent à l’origine de nombreuses innovations. Au cours de la seconde moitié du XIXe, l’ère des complications trouva ses assises en Suisse. C’est enfin en Suisse que la production de masse prit son essor. L’époque contemporaine Ce sont les femmes qui affirmèrent, au début du XXe siècle, le port de la montre de poignet, le considérant comme un véritable phénomène de mode. Plus tard, soldats et aviateurs y prirent aussi goût, le considérant comme plus pratique que la montre de poche. C’est pourquoi au cours de la Première Guerre mondiale, le marché de la montre de poignet connut une véritable explosion. Mais ces mécaniques n’étaient pas encore suffisamment petites et pratiques. Les spécialistes déployèrent donc des trésors d’ingéniosité pour les réduire. LeCoultre lança en 1929 le calibre 101, la plus petite montre connue à ce jour. Breitling Watch Company lança un chronomètre sophistiqué qui connut un grand succès auprès des officiers de police surveillant les excès de vitesse. En 1927, Longines inventa une montre pour l’aviateur Charles Lindbergh. Des systèmes d’étanchéité furent mis à l’épreuve. Le 24 novembre 1927, la Suisse entre dans l’Histoire lorsque la nageuse Mercedes Gleitze traverse la Manche avec une montre Rolex Oyster à son poignet. Dix ans plus tard, en 1936, un explorateur américain porte une montre Omega Marine pour descendre à 73 mètres de profondeur dans le lac Léman. Les limites furent toujours repoussées: en 1969, Neil Armstrong portait une Omega Speedmaster lorsqu’il posa le pied sur la Lune. La première montre à quartz vit le jour en 1929 aux États-Unis; c’est aussi aux États-Unis que la première montre à pile électrique fut mise au point par Hamilton’s Watch Company. C’est à Neuchâtel que la première montre à quartz de poignet fut lancée en 1967, mais ce furent les Japonais qui en firent un produit de consommation de masse. Le quartz permit de réduire l’épaisseur des montres; la plus fine, la Delirium IV de Concorde, ne faisait qu’1mm d’épaisseur. La Suisse conserve aujourd’hui un prestige inégalé dans la fabrication de montres, et a suivi toutes ces innovations techniques sans toutefois perdre de vue sa philosophie de haute qualité. Ce qui laisse présager d’autres jours heureux pour l’horlogerie au XXIe siècle.
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