L’art de conserver en état de marche les vieilles voitures en Irak, privées de pièces de rechange en raison de l’embargo international, constitue une activité très lucrative pour les mécaniciens. À Bagdad, les ateliers de réparations ont poussé comme des champignons dans la rue Cheikh Omar. Mais, sérieux revers de la médaille, la fumée épaisse dégagée par les tuyaux d’échappement de la plupart des quelque 750 000 voitures qui circulent dans la capitale irakienne présente des risques quotidiens pour la santé des quatre millions d’habitants. «Dans d’autres pays, ces voitures ne seraient pas autorisées à circuler», souligne un mécanicien spécialisé dans les voitures japonaises, qui blâme la qualité de l’essence à la pompe et surtout la mauvaise qualité des pièces détachées. «Toutes les pièces de rechange qu’on trouve sur le marché sont de la camelote, et de la camelote chère. Elles sont vendues comme des pièces originales mais sont toutes imitées», assure-t-il. «Avant l’embargo – imposé par l’ONU en 1990 –, les importations étaient contrôlées par une compagnie étatique. Maintenant, ce sont les commerçants qui importent les pièces. Ils achètent tout ce qui ne vaut rien dans le monde», assure le mécanicien. Au milieu des flaques noires d’huile de la rue Cheikh Omar, une armée de mécaniciens s’affairent. Les propriétaires de magasins affirment que le nombre d’ateliers et de garages dans cette zone a doublé – ils sont aujourd’hui environ 5 000 – depuis l’entrée en vigueur de l’embargo. Trésors d’ingéniosité Les mécaniciens disposent de pièces détachées fabriquées en Malaisie, en Corée, à Taïwan, en Inde et importées en fraude à partir des pays voisins. Vu la misère galopante, les Irakiens déploient des trésors d’ingéniosité pour maintenir les prix à un niveau abordable, l’importation de véhicules étant arrêtée depuis plus de huit ans. «Par exemple, nous prenons un grand radiateur et nous le démontons pour en faire plusieurs petits», explique Rahed Rachid. «Nous avons dû improviser de nouvelles techniques», ajoute-t-il. Des pneus de bonne qualité, fabriqués en Turquie ou en Malaisie, coûtent près de 80 dollars, dans un pays où le salaire moyen d’un fonctionnaire est tombé à moins de cinq dollars. «La plupart des voitures en circulation doivent être remplacées, mais que pouvons-nous faire?», s’interroge la députée Raja Shawi, chef du comité parlementaire pour la protection de l’environnement. Elle indique que l’Irak est déjà affecté par la pollution de l’air et de l’eau, en raison de la pénurie de pièces détachées nécessaires à la remise en état de ses infrastructures. Les importantes émissions de plomb et d’oxyde de carbone aggravent le problème. «Les dégâts écologiques touchent les enfants», rappelle la députée en soulignant le taux élevé des maladies respiratoires en Irak. Alors que les autobus publics sont les pires ennemis de l’environnement en termes de gaz d’échappement, les autorités ne disposent plus d’équipements pour mesurer le taux de pollution de l’air. «La municipalité n’a en outre pas suffisamment de camions bennes en état de marche» pour ramasser les ordures, déplore-t-elle, avant de rappeler qu’avant l’embargo, Bagdad était une des villes les plus propres du Proche-Orient. Un responsable du bureau à Bagdad du Programme de l’ONU pour le développement (PNUD) reconnaît que la question de la pollution de l’air figure au bas de la liste des priorités en raison du manque de fonds. «Cet élément de l’environnement a été négligé depuis un certain temps maintenant», dit-il.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’art de conserver en état de marche les vieilles voitures en Irak, privées de pièces de rechange en raison de l’embargo international, constitue une activité très lucrative pour les mécaniciens. À Bagdad, les ateliers de réparations ont poussé comme des champignons dans la rue Cheikh Omar. Mais, sérieux revers de la médaille, la fumée épaisse dégagée par les tuyaux d’échappement de la plupart des quelque 750 000 voitures qui circulent dans la capitale irakienne présente des risques quotidiens pour la santé des quatre millions d’habitants. «Dans d’autres pays, ces voitures ne seraient pas autorisées à circuler», souligne un mécanicien spécialisé dans les voitures japonaises, qui blâme la qualité de l’essence à la pompe et surtout la mauvaise qualité des pièces détachées. «Toutes les pièces...