Tante Marie, qui a passé sa vie à travailler dans une imprimerie, est restée à la rue Monot durant toute la guerre. Retraitée dans les années soixante-dix, elle a dépensé sa pension pour soigner sa mère. Maintenant c’est elle qui est malade : elle souffre de rhumatismes, ses articulations sont enflées et elle a beaucoup de mal à se déplacer. La maison de tante Marie est constituée d’une chambre et la cuisine se trouve à l’extérieur, dans une pièce indépendante. Elle doit traverser la rue pour se rendre à la salle de bains, qui est dépourvue d’eau courante. La petite chambre sans carrelage contient un lit et deux divans, une télévision qui ne fonctionne pas et une radio. C’est ce poste et un chat qui sont ses compagnons quotidiens. Le propriétaire veut expulser tante Marie. A la demande de Rifaq al-Darb, elle a préparé des photocopies de son extrait d’état civil. L’un des membres de l’association lui rappelle de ne pas signer le nouveau contrat de location que le propriétaire lui présentera. «Tu me donnes les papiers et je les montrerai à l’avocat», dit-il. Tante Marie, qui ne s’est jamais mariée, évoque ses nièces et ses neveux, «qui font l’impossible pour que je leur rende visite». Mais c’est elle qui refuse. «Je ne veux pas quitter ma maison», déclare-t-elle. «Et puis, ils habitent des immeubles et je ne peux pas monter les escaliers», dit-elle. De plus, elle «aime» sa chambre, «qui a besoin d’être repeinte» et dont les murs sont recouverts d’images de saints. Elle a placé sur l’unique étagère les statues de la Vierge et du Sacré-Cœur. (Plus tard, Joe nous racontera que tante Marie n’a plus personne. Seul l’un de ses neveux vient lui rendre une rapide visite de temps à autre). Tante Marie montre des photos de sa famille. Elle confectionnait elle-même ses vêtements. «J’ai lancé la mode du col amovible», dit-elle en montrant une photo d’elle toute jeune. «Maintenant, il m’est impossible de bouger», soupire-t-elle. Elle évoque les poivrons farcis au riz qu’elle a mangés à midi. «Le couvercle de la marmite a fait office d’assiette», souligne-t-elle. Tante Marie est tellement fatiguée qu’elle ne peut plus se mettre debout pour faire la vaisselle. A la prochaine visite, les membres de Rifaq al-Darb lui apporteront des assiettes en carton et des fourchettes en plastique. Elle est l’une des rares personnes du troisième âge à avoir reçu de l’argent de l’association. «Il fallait payer le loyer de la chambre», souligne Joe qui, pour collecter la somme nécessaire, est entré dans un café en montrant le contrat de location. «Toutes les personnes présentes ont participé ; avec le reste de la somme on réhabilitera le toit de la cuisine», dit-il.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Tante Marie, qui a passé sa vie à travailler dans une imprimerie, est restée à la rue Monot durant toute la guerre. Retraitée dans les années soixante-dix, elle a dépensé sa pension pour soigner sa mère. Maintenant c’est elle qui est malade : elle souffre de rhumatismes, ses articulations sont enflées et elle a beaucoup de mal à se déplacer. La maison de tante Marie est constituée d’une chambre et la cuisine se trouve à l’extérieur, dans une pièce indépendante. Elle doit traverser la rue pour se rendre à la salle de bains, qui est dépourvue d’eau courante. La petite chambre sans carrelage contient un lit et deux divans, une télévision qui ne fonctionne pas et une radio. C’est ce poste et un chat qui sont ses compagnons quotidiens. Le propriétaire veut expulser tante Marie. A la demande de Rifaq al-Darb,...