Des chercheurs du monde entier cherchent à éradiquer un charançon qui ravage des millions de palmiers du Golfe et menace à terme toutes ses palmeraies. Ce coléoptère, le rhyncophorus ferrugineus oliv, s’est infiltré en 1985 dans la péninsule arabique par le biais de plants importés par les Émirats arabes unis «probablement du Pakistan et d’Inde», a déclaré M. Mohammed Saïd Qassouma, expert à l’Organisation arabe pour le développement agricole. D’après cette organisation relevant de la Ligue arabe, les six pays arabes du Golfe (Arabie séoudite, Koweit, Émirats arabes unis, Qatar, Bahrein et Oman) comptaient en 1995 près de 50 millions de palmiers, pour la plupart en Arabie séoudite et aux Émirats. Ils produisent plus d’un million de tonnes de dattes par an, dont une partie est exportée et rapporte près de 40 millions de dollars. Selon les statistiques du Projet de lutte biologique contre le charançon dans le Golfe, relevant de la même organisation, le nombre de palmiers touchés dans les Émirats est passé de 1 300 en 1990, à 44 000 arbres en 1995. En Arabie séoudite, il est passé de quelques centaines en 1987 à plus de 120 000 en 1996. «Le problème est très grave et il faut y trouver une solution efficace», affirme l’expert syro-canadien Salim Hanounik, directeur du projet. «Chaque palmier atteint dans les Émirats contamine entre 6 à 7 arbres par an, ce qui signifie, théoriquement, que le nombre d’arbres affectés est passé à 294 000 en 1996, à 1,96 million en 1997 et à plus de 13 millions en 1998», ajoute-t-il. Il estime à près de 10 000 le nombre de palmeraies affectées dans le Golfe, ce qui se traduit par une baisse draconienne de la production. La production moyenne de chaque palmeraie atteinte est passée de 10 000 tonnes de dattes par hectare à 0,7 tonne, a-t-il encore estimé. Le charançon s’introduit dans le palmier par les incisions laissées après l’émondage ou les trous forés dans l’écorce de l’arbre par d’autres insectes. Il y dépose entre quatre et huit œufs d’où sortent des vers qui rongent le bois, provoquant la mort du palmier au bout de six mois à un an, a expliqué M. Qassouma. La lutte contre le charançon s’effectue depuis 1993 à l’aide de pièges à phéromones (sécrétions produites par l’insecte mâle). Mais le procédé, qui élimine seulement les coléoptères logés à la surface de l’écorce, a échoué à éradiquer le charançon, selon M. Qassouma. C’est pourquoi les pays du Golfe se sont engagés depuis un an dans un projet régional de lutte contre l’insecte. Le projet est financé par la Banque islamique, basée à Djeddah (Arabie séoudite) et dépendant de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) ainsi que par le Fonds international de développement agricole (IFAD, basé à Rome). Cinq experts étrangers participent à ce projet, doté de deux centres de recherches, à Ras al-Khaymah (Émirats) et à Qatif (Arabie séoudite), auxquels sont associés 18 spécialistes de la région.
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