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Actualités - Opinion

Regard - Marouk Hakim : sculptures Le champ oriental

Amoureux, Maroun Hakim l’a toujours été de la pierre en tant que pierre, qu’elle soit irréprochablement homogène, à grain uniforme comme le marbre cristallin grec, ou qu’elle présente des strates telle cette admirable pierre de Batroun beige rayée de beige plus clair, de marron, de violet, de gris, d’une délicatesse d’aquarelle, ou encore des inclusions telle cette pierre rose et blanche d’Alep, ou des parties de couleur et de densité différentes, comme la pierre bicolore ocre et grise de Mazraat Yachouh, son village natal. Il aime aussi la pierre concrétionnelle beige de Jeita avec ses délicates stries blanches, la pierre de Machghara bistre, ombre et marron avec des veinules bleues et des enclaves ocres, la pierre bigarrée de Jordanie avec ses étonnants enchevêtrements de marron brûlé, de rose, de verts profonds et de verts tendres dans toutes les nuances de la palette, le marbre noir belge, le marbre rose aurore ou telle pierre de Jezzine. Il n’y a pas pour lui de pierre noble ou roturière : il a toujours l’œil aux aguets pour dénicher la pierre rare, celle qu’il ne connaît pas ou qu’il n’a pas encore taillée. Ce goût prononcé pour la matière se traduisait jadis dans la dualité du lisse et du rugueux, de manière à révéler à la fois la surface polie et l’intérieur bouchardé, deux versions parfois très dissemblables du même bloc. Aujourd’hui, il semble avoir opté pour le poli, sans doute pour être revenu à une approche figurative plus explicite autour, essentiellement, du thème du couple et d’une dualité nouvelle et inattendue. Voici, dans un puissant mouvement, les amours verticales de Leda et du cygne divin: l’amant dressé sur ses pattes et ses ailes, l’amante accrochée à lui, l’enlaçant de ses bras et l’étreignant de ses jambes, la croupe généreusement épanouie, dans un marbre impeccable, d’une blancheur éblouissante. Voici encore, d’une belle prestance, un couple humain debout, les deux corps rapprochés pour creuser de leurs bras entrecroisés un nid pour l’enfant, avec des reliefs subtils qui font vibrer la neige du marbre. Malgré ces amorces de drapé, la pure substance du marbre grec confère à la figuration, au-delà des accidents, une qualité d’intemporalité, d’universalité abstraite, de transcendance des contingences, telle une lumière condensée, coagulée. Mais voici le couple revenir sous une forme inopinée : comme si, à force de l’embrasser, Leda s’était littéralement incorporé l’amant jupitérien : bustes de femmes opulentes à têtes d’oiseau, les bras devenus ailes repliées dans le dos, déclinés dans le marbre blanc, le marbre noir et la fascinante variété des pierres polychromes. Voici, dans un magnifique marbre jordanien, une femme couchée, masse compacte dont se détachent la tête et le bras, ou cette autre femme-oiseau étendue, flanquée d’un enfant-oiseau. Avec cette identification de la femme et de l’oiseau nous ne sommes plus sans doute tout à fait dans l’espace mythologique grec, mais plutôt dans le champ mystique oriental : l’Amant découvre qu’il est devenu l’Aimé, que le Simourgh, objet de sa longue quête, n’est autre que lui-même. La connotation du corps nu reste charnelle, celle de la tête et des ailes traduit la suprématie de l’esprit : la chair ancrée dans la nature, la pesanteur de l’instinct, de l’inconscient et de la pulsion libidinale se sublime vers le conscient, le léger et l’impondérable, le Ça doit devenir Moi de Freud prenant figure palpable et s’outrepassant vers le Moi doit devenir Soi de la Philosophia Perennis. Comme si, au lieu d’attirer Zeus vers le bas, Leda se faisait enlever par lui vers les hauteurs de l’Olympe, ou encore comme si, accédant au monde imaginal des Orientaux, le corps se faisait esprit et l’esprit corps. (Épreuve d’Artiste).
Amoureux, Maroun Hakim l’a toujours été de la pierre en tant que pierre, qu’elle soit irréprochablement homogène, à grain uniforme comme le marbre cristallin grec, ou qu’elle présente des strates telle cette admirable pierre de Batroun beige rayée de beige plus clair, de marron, de violet, de gris, d’une délicatesse d’aquarelle, ou encore des inclusions telle cette pierre rose et blanche d’Alep, ou des parties de couleur et de densité différentes, comme la pierre bicolore ocre et grise de Mazraat Yachouh, son village natal. Il aime aussi la pierre concrétionnelle beige de Jeita avec ses délicates stries blanches, la pierre de Machghara bistre, ombre et marron avec des veinules bleues et des enclaves ocres, la pierre bigarrée de Jordanie avec ses étonnants enchevêtrements de marron brûlé, de rose, de verts...