Doublé féminin hier à Paris : les deux plus prestigieux prix littéraires français, le Goncourt et le Renaudot, ont été attribués pour 1998 à deux femmes, écrivains et universitaires. Le Goncourt est allé à la féministe Paule Constant, 54 ans, pour son roman Confidence pour confidence. Le prix, créé en 1902, est doté symboliquement d’un chèque de 50 francs (9 dollars). Il est considéré comme le plus important des prix littéraires français. Il a été décerné dans le passé à Marcel Prost ou Marguerite Duras mais il a quelque peu perdu de son aura. Son impact est aujourd’hui surtout commercial car il récompense un roman de qualité à destination du grand public. Le livre de Paule Constant, qui a été publié en avril chez Gallimard, décrit le huis clos qui s’installe à l’occasion d’un colloque féministe dans une ville universitaire américaine entre quatre femmes quinquagénaires qui échangent leurs souvenirs, leurs cruautés, leurs échecs et aussi leur tendresse. Toutes ont réussi leur carrière professionnelle mais leur vie privée est pour toutes également un échec. «Si on prend la proportion de femmes ayant reçu le Goncourt depuis le début par rapport au pourcentage d’hommes, évidemment c’est infime», a commenté un des jurés, l’écrivain François Chandernagor, rappelant que Paule Constant avait raté de peu le prix il y a quelque temps avec La fille du Gobernator, roman qui avait remporté un grand succès public. Le second prix littéraire décerné lundi, le Renaudot, fondé en 1925, a été attribué à Dominique Bona pour Le manuscrit de Port-Ebène, publié chez Grasset. Cette agrégée de lettres de 45 ans est l’auteur de deux romans et deux biographies dont celle de l’écrivain français Romain Gary, qui reçut le grand prix de l’Académie française en 1987, et de l’écrivain autrichien Stefan Zweig. L’intrigue tumultueuse et sensuelle de son livre se déroule au XVIIIe siècle dans l’ancienne colonie française de Saint-Domingue. Une jeune femme y arrive de Vendée, une région rurale très catholique et monarchiste de l’ouest de la France, après avoir épousé un propriétaire terrien. Elle découvre les mœurs locales – son mari a une maîtresse noire et deux enfants d’elle – et ne tarde pas à les imiter : elle prend à son tour un amant, avant de s’éprendre d’un des fils de celui-ci et d’avoir un enfant de lui. Surgit bientôt la Révolution française et la révolte des esclaves avec son cortège de violences. Mais le roman de Dominique Bona n’est pas un simple récit historique. Il se double d’une deuxième narration, celle d’un éditeur contemporain qui découvre le manuscrit de la jeune femme, miraculeusement parvenu jusqu’à lui, et livre ses réflexions. Les jurys Renaudot et Goncourt, composés d’écrivains, font leur choix au cours d’un déjeuner dans le célèbre restaurant parisien Drouant mais sans interférence entre eux puisqu’ils mangent et délibèrent dans deux salles séparées. Depuis quelques années, le Goncourt décerne également des prix à d’autres périodes de l’année pour les biographies, la poésie, le premier roman et les nouvelles.
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