AVEC huit zones horaires officielles, voyager aujourd’hui aux Etats-Unis requiert parfois un sens aigu du maniement du remontoir de la montre: un casse-tête bien mineur en comparaison de la situation qui prévalait lorsque le pays comptait quelque 300 heures différentes. Peu d’Américains savent que, jusqu’en 1883, l’heure était laissée au bon vouloir des autorités locales. Les villes décrétaient ainsi leur propre heure d’après les mouvements du soleil, une méthode approximative puisque lorsqu’il était minuit à New York, il était 23h47 à Washington et 23h55 à Philadelphie. Certes, à une époque où l’information voyageait au rythme de la diligence, quelques minutes de plus ou de moins n’importaient guère. Le cauchemar débuta au milieu du XIXe siècle, avec l’avènement du chemin de fer. Avec 300 horaires municipaux différents auxquels venaient s’ajouter une centaine d’horaires municipaux différents auxquels venaient s’ajouter une centaine d’horaires de compagnies de chemin de fer locales, la confusion était immense. La plupart des gares arboraient plusieurs horloges: l’heure de la gare, l’heure officielle locale et les heures en vigueur tout le long de la ligne. Prendre une correspondance dans une ville comme Chicago, point de convergence d’une quinzaine de lignes, exigeait une étude préalable de plusieurs épais volumes d’horaires de chemins de fer. En 1869, lorsque le magnat du rail Leland Stanford marqua l’achèvement de la première liaison ferroviaire transcontinentale, l’événement fut immédiatement télégraphié à un pays en haleine: à Promontary Point, dans l’Utah, il survint à 12h45 mais dans la ville voisine de Virginia City à 12h30. A San Francisco, il fut enregistré à 11h46 ou 11h44, selon l’autorité locale que l’on retient. Cacophonie L’idée gagnait dans les esprits d’une synchronisation des horloges mais les résistances locales demeuraient farouches, souvent fondées sur la croyance religieuse qu’on ne badine avec le temps, par essence d’ordre divin. En novembre 1883, le gouvernement fédéral décida de diviser le pays en quatre fuseaux horaires. Deux semaines avant la date fatidique, surnommée «le jour des deux midis», le pays fut plongé dans une anxiété fébrile. «Les fermiers craignaient que leurs poules s’arrêtent de pondre ou que leurs vaches se déshydratent. Les ouvriers de Chicago, se voyant contraints à travailler neuf minutes de plus ce jour-là, menacèrent de faire grève», raconte l’historien Bill Bryson. Le 18 novembre à midi, l’heure précise fut transmise par télégraphe à toutes les villes du pays, mettant ainsi fin à la cacophonie. Le congrès autorisa le 1er octobre 1884 la tenue à Washington de la Conférence internationale du méridien qui devait étendre à l’ensemble du monde la division en zones horaires uniformes. Un mois plus tard, la planète fut segmentée en 24 fuseaux horaires. Greenwich (Angleterre) fut choisi comme point de référence, en reconnaissance du rôle précurseur de l’Observatoire royal de Greenwich qui avait proposé dans les années 1840 une heure de référence unique (Greenwich Mean Time ou GMT) pour l’Angleterre, l’Ecosse et le pays de Galles. Aujourd’hui, les Etats-Unis sont officiellement divisés en huit zones horaires officielles: atlantique, est, centrale, montagne, pacifique, Alaska, Hawaii-Iles Aléoutiennes, et Iles Samoa. Comme la plupart des pays industrialisés, ils ont également adopté le passage à l’heure d’été et à l’heure d’hiver. Mais, vestige des résistances locales passées, plusieurs Etats ou territoires (Arizona, Hawaii, est de l’Indiana, Porto Rico, Iles Vierges et Iles Samoa) refusent toujours de suivre les injonctions du gouvernement fédéral et, comme le Uniform Time Act de 1966 les y autorise, conservent leur heure tout au long de l’année. (AFP)
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