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Actualités - Reportage

Musique - Sa tournée US est un triomphe Aznavour, le dernier chanteur

Le New York Times l’appelle le «dernier chanteur». Après la disparition de Frank Sinatra, Charles Aznavour reste, en effet, le seul à interpréter des airs des années 40. Avant tout homme de spectacle, cet artiste à la voix de ténor aux intonations nasales porte en lui une variété de réminiscences et attire une audience diverse. «J’ai une voix orientale avec des intonations occidentales», affirme Aznavour qui se produit à Broadway, au Marquis Theatre, depuis le 20 octobre. Il chante en français, anglais et espagnol, dans un solo endiablé, devant un public enthousiaste. Le spectacle, intitulé «Aznavour», connaît un tel succès qu’il sera prolongé jusqu’au 15 novembre. Il se rendra ensuite à Los Angeles et à Montréal. Dans une interview, accordée à L’Orient-Le Jour dans sa loge avant le spectacle, il parle de sa carrière et des différents artistes français qui l’ont marquée. L’arrivée triomphale à New York du grand chanteur, auteur, compositeur et acteur, fait la «une» des journaux. Aznavour est avant tout une star internationale du show-business, parfait ambassadeur de la chanson populaire française à laquelle il redonne ses lettres de noblesse. Les idoles françaises restent méconnues du public américain. L’interprétation sensuelle des airs français qui chantent l’amour, la séparation, l’engagement politique, n’a pas cours aux États-Unis. Les Américains préfèrent la discrétion, le «cool», et semblent insensibles au genre des complaintes, lamentations et regrets du temps qui passe. Aznavour se situe dans la catégorie des «chanteurs à carrière internationale». Il ne cache pas son admiration pour Edith Piaf, Maurice Chevalier et Charles Trenet, le «grand trio français», qu’il place au-dessus de tous les autres, «et qui ont joué un rôle dans sa vie professionnelle. Car, dit-il, ils ont apporté au monde du nouveau. Piaf a donné le sens du drame que l’on connaissait si peu, l’équivalent aux États-Unis de Judy Garland. Chevalier a su plaire aux Américains par son charme et sa fantaisie. Et Trenet a apporté un poids poétique et a appris à beaucoup de personnes à composer des chansons qui veulent dire quelque chose. Pour lui, Brel, Barbara, Brassens, Ferré sont de grands chanteurs mais n’ont pu dépasser les frontières. Brel reste un cas particulier. Il a une légende et a conservé une audience d’élite». Écrivain aussi Comment explique-t-on donc le succès américain d’Aznavour? Elle semble loin l’époque où à 24 ans, totalement inconnu, ne parlant pas un mot d’anglais, il accompagnait Edith Piaf à New York. Aujourd’hui, à 74 ans, c’est la gloire qui est constamment au rendez-vous. Il connaît le statut magique des légendes musicales internationales. Il garde son énergie, son sens de l’humour, et de sa jeunesse de cœur insufflée par la présence à ses côtés de sa fille Katia. Son imprésario, le célèbre Lévon Sayan, lui assure cette ouverture internationale. Aidé de sa famille, Aznavour s’est «donné la peine de s’intéresser au public américain en connaissant mieux ses goûts, non seulement en matière de chansons, mais aussi en peinture, sculpture, photographie, vins, voyages». «Lorsqu’on a tous ces ingrédients, on finit par connaître un peuple», explique-t-il. Il chante dans «la langue de Shakespeare» devenue sa troisième langue, apprise «petit à petit, à force de parler dans la rue». «Chez moi, dit-il, c’est tout auditif. J’apprends plus vite dans la rue que dans un livre et je dis tout de suite des phrases». Aznavour a quitté l’école à onze ans. «La plupart des grands chanteurs français viennent de la rue, dit-il. Il y a dans la chanson française une sorte de philosophie de la rue devenue littérature. C’est le principe de la Country Music et le Rap aux États-Unis. C’est aussi la tradition des troubadours dans la musique arabe. Les chansons populaires sont du show-business». Regrette-t-il de n’avoir fait d’études? «Je ne sais pas, dit-il, pensif. J’aurais peut-être fait de la littérature. Il fut un temps où je me sentais incapable d’écrire un texte en prose, d’analyser les personnes desquelles je devais parler, ou d’expliquer un livre. Maintenant, j’écris de nombreuses préfaces pour des écrivains, chanteurs et photographes». Les New-Yorkais et la presse ont accueilli avec enthousiasme le répertoire d’Aznavour, qui peut paraître éculé mais reste chargé de sensibilité et d’émotion. «Le public est là pour réentendre certaines chansons, dit-il. Je ne viens pas suffisamment aux États-Unis pour lui donner un nouveau répertoire, comme je le fais en France où j’ai une présence constante à la télévision, radio, disques et films». Au Liban? Lorsqu’il chante dans une langue étrangère, il ne semble pas communiquer la même émotion qu’en français où il s’exprime plus librement. «J’ai plus de complicité avec le public français», dit-il. Quant à sa méthode de travail, il la définit ainsi: «J’adapte une musique par rapport au texte que j’écris, sans me préoccuper de savoir si c’est un genre français, américain, italien ou espagnol. Je commence toujours par le texte, la phrase. Ce sont des mots de tous les jours. C’est ce qui rend mes chansons populaires. Certaines s’inspirent des thèmes sociaux, (boisson, sida, accidents de la route divorce, enfants de la guerre), d’autres chantent la jeunesse passée et l’amour, sujets qui ont fait mon originalité, ma marque». Tous les textes ne sont pas nécessairement du cru de ce poète troubadour. Les paroles de «La Mamma», de «Que c’est triste Venise» ne sont pas de lui, mais il en a écrit la musique. «Je suis toujours impliqué d’une manière ou d’une autre dans les chansons que je chante. Je n’interprète pas les chansons des autres. Je n’ai jamais chanté Ne me quitte pas, mi “My Way ”». Après cette tournée américaine, Aznavour «se concentrera de plus en plus sur l’écriture». Il vient de terminer une comédie musicale sur Toulouse -Lautrec que l’on pourra voir en septembre prochain en Angleterre. Il fera aussi quelques films avec le directeur canadien d’origine arménienne, Atom Egoyan. Se rendra-t-il un jour au Liban pour y donner un spectacle? «Cela dépend des producteurs libanais. Il faut qu’on me le demande et que je sois libre à ce moment».
Le New York Times l’appelle le «dernier chanteur». Après la disparition de Frank Sinatra, Charles Aznavour reste, en effet, le seul à interpréter des airs des années 40. Avant tout homme de spectacle, cet artiste à la voix de ténor aux intonations nasales porte en lui une variété de réminiscences et attire une audience diverse. «J’ai une voix orientale avec des intonations occidentales», affirme Aznavour qui se produit à Broadway, au Marquis Theatre, depuis le 20 octobre. Il chante en français, anglais et espagnol, dans un solo endiablé, devant un public enthousiaste. Le spectacle, intitulé «Aznavour», connaît un tel succès qu’il sera prolongé jusqu’au 15 novembre. Il se rendra ensuite à Los Angeles et à Montréal. Dans une interview, accordée à L’Orient-Le Jour dans sa loge avant le spectacle, il...