Les équipes de secours incinéraient des dizaines de morts sans même les identifier lundi soir sur la place principale de Posolteca, à 130 kilomètres au nord-ouest de Managua, après les avoir extraits de la mer de boue qui s’est formée à proximité après un glissement de terrain provoqué par le cyclone Mitch. Lundi, 850 cadavres ont été sortis de la coulée de boue de 20 kilomètres de long qui a dévalé le flanc sud du volcan Casitas et enseveli cinq villages. Ce chiffre, révélé par le maire de Posoltega, Mme Felicita Zelendon, porte à 1 450 le bilan officiel des personnes décédées au Nicaragua. Plus de 2 000 personnes sont portées disparues. Les corps empilés, souvent morcelés, ont été brûlés pour éviter la propagation d’épidémies, selon les responsables de la santé qui ont demandé aux autorités des villes voisines de Leon et Chinandega d’envoyer de toute urgence du combustible. Les secouristes de la Croix-Rouge et les militaires auxquels se sont joints des volontaires n’avaient pu retrouver que 180 survivants sur une population de 3 000 personnes. La majorité, en état de choc, souffraient de fractures et de blessures au crâne ou à l’abdomen. Plusieurs étaient défigurés. Selon Mme Zeledon, il y a encore des personnes à demi enterrées mais vivantes. Les secouristes qui tentent d’arriver jusqu’à elles s’enlisent dans la boue, mélangée à des cadavres d’animaux, des troncs d’arbres et des décombres, qui dégage une odeur pestilentielle. Les survivants et la population de la région, totalement isolée, ont faim et soif et commencent à souffrir de diarrhée, de conjonctivite et de maladies de peau, a ajouté Mme Zeledon, qui a réclamé une aide de toute urgence en aliments et médicaments. «Ici tout est désolation, larmes et tristesse», a-t-elle résumé. «Il est impossible de travailler dans la zone. Le terrain est très instable et nous courons le danger de tomber dans des puits ou des fosses septiques recouverts par la boue», a affirmé le ministre de la Défense, Pedro Joaquin Chamorro, qui estime que le nombre de morts pourrait atteindre 1 800. La faim et la soif sont le lot des 417 000 sans-abri laissés derrière lui par Mitch dans tout le pays. A Teluca, à 50 kilomètres à l’ouest de la capitale, un groupe de sinistrés désespérés par des jours de privation ont pris d’assaut un camion transportant de la viande qu’ils ont vidé de son contenu. «Ils allaient et venaient et se bagarraient pour un morceau de viande. Nous n’avons pas pu les arrêter», a affirmé le chef de la police de la ville, le capitaine Pedro Dimas. «Ici les gens sont au désespoir. Il n’y a ni eau ni aliments ni électricité», a-t-il indiqué. 172 villages encore isolés par les eaux continuaient à lancer des appels dramatiques sur les ondes des radios. «S’il vous plait, aidez-nous, nous sommes isolés, sans eau potable, sans nourriture», a ainsi clamé le maire de Yalaguina, une commune de 4 000 habitants à 311 kilomètres au nord de la capitale, Napoleon Tercero. Le pasteur Norman Metz, d’une église évangéliste de Rio Coco, dans le nord, a également réclamé de l’aide pour 912 personnes, dont 412 enfants, entassés dans le temple entouré d’eau après avoir vu leurs maisons emportées par la rivière. «Nous avons des enfants malades. Nous n’avons rien à manger et nous n’avons plus d’eau», a-t-il expliqué.
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