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Actualités - Chronologie

La religion, source de conflit et de réconciliation

La religion est à la fois un des facteurs de l’âpre conflit sectaire qui divise l’Irlande du Nord depuis près de 30 ans, et au cœur des efforts déployés pour promouvoir une paix durable en Ulster. Les protestants, qui représentent 54% de la population, et les catholiques, qui sont 43%, restent ici profondément divisés, malgré les appels répétés des autorités religieuses des deux camps en faveur de la réconciliation. Mais au moins l’influence modératrice du clergé aura-t-elle évité de voir un conflit ethnique certes dramatique, mais limité, se transformer en une guerre civile totale, estime le professeur Fred Boal, de l’Université de Queen à Belfast. La foi chrétienne commune des Eglises catholique et protestante «a empêché le conflit de basculer dans une situation du type de celles de la Bosnie ou du Liban», explique-t-il. Selon le Pr Boal, les croyances religieuses ne constituent pas la clé du conflit nord-irlandais, qui est avant tout ethnique. Les ancêtres de la plupart des protestants sont arrivés en Irlande aux XVIIe et XVIIe siècles, invités à émigrer d’Angleterre et d’Ecosse par la monarchie anglaise, qui voulait disposer dans l’île d’une garnison à ses ordres. La population locale d’origine était, elle, largement catholique et, en son sein, un demi-million de personnes se sont retrouvées de fait dans les six comtés de l’Ulster, sous domination britannique, au moment de la partition de l’île en 1921, tandis que les autres étaient en République d’Irlande. Aujourd’hui, les protestants d’Ulster se désignent eux-mêmes comme Irlandais, mais défendent en même temps férocement leur identité britannique. Sous la bannière de saint Patrick Mais malgré 400 années de division, les deux communautés célèbrent toutes deux tous les ans le 17 mars, jour anniversaire de la mort de saint Patrick, le saint patron irlandais qui évangélisa «l’île d’Emeraude» au Ve siècle. Et les dignitaires des deux Eglises, comme l’archevêque Robin Eames, à la tête de l’Eglise protestante d’Irlande, et Sean Brady, son homologue catholique, lancent régulièrement des appels à l’unité. Cette poignée de représentants du clergé adeptes de l’œcuménisme ne peut toutefois masquer le fossé qui sépare les deux religions. «Les responsables ecclésiastiques ont tendance à avancer un peu plus vite que leur troupeau. Je ne sais pas dans quelle mesure ces déclarations en faveur de la réconciliation, de l’échange et du partage parviennent vraiment jusqu’aux bancs de leurs ouailles», explique le Pr Boal. A la base, un certain courant va aussi dans le sens du sectarisme et de la haine tenace. Ainsi, le discours embrasé du révérend Ian Paisley, qui dirige l’Eglise presbytérienne libre, une secte protestante, à coups d’attaques verbales contre les «papistes» d’en face, répétées tous les dimanches devant son armée de fidèles. Et, du côté catholique, quelques prêtres sont soupçonnées d’être des sympathisants de l’Armée républicaine irlandaise (IRA), qui revendique pourtant l’utilisation de la violence pour parvenir à son objectif d’une Irlande unifiée. Mais en profondeur, des hommes d’Eglise ont parfois joué un rôle essentiel en faveur de l’arrêt des violences entre les deux camps. Le prêtre catholique Alec Reid aurait ainsi favorisé les contacts entre l’aile politique de l’IRA, le Sinn Fein, les catholiques modérés du SDLP et le gouvernement de Dublin, qui ont abouti au cessez-le-feu de l’IRA en août 1994. De la même façon, le prêtre presbytérien Roy Magee fait partie de ceux qui ont réussi à persuader les milices protestantes de déposer elles aussi les armes en octobre 1997. (AFP)
La religion est à la fois un des facteurs de l’âpre conflit sectaire qui divise l’Irlande du Nord depuis près de 30 ans, et au cœur des efforts déployés pour promouvoir une paix durable en Ulster. Les protestants, qui représentent 54% de la population, et les catholiques, qui sont 43%, restent ici profondément divisés, malgré les appels répétés des autorités religieuses des deux camps en faveur de la réconciliation. Mais au moins l’influence modératrice du clergé aura-t-elle évité de voir un conflit ethnique certes dramatique, mais limité, se transformer en une guerre civile totale, estime le professeur Fred Boal, de l’Université de Queen à Belfast. La foi chrétienne commune des Eglises catholique et protestante «a empêché le conflit de basculer dans une situation du type de celles de la Bosnie ou du...