Le fossé s’élargit de jour en jour entre Belgrade et le Monténégro, la petite république yougoslave dont le président, Milo Djukanovic, condamne la politique du président fédéral Slobodan Milosevic et estime que seules des réformes peuvent sauver la Yougoslavie d’un désastre. Crise au Kosovo, relations avec la communauté internationale, dévaluation du dinar, il n’est pas un aspect de la politique de Belgrade qui ne suscite des critiques d’une violence croissante à Podgorica, la capitale monténégrine. M. Djukanovic a franchi un nouveau pas en présentant vendredi un plan de réformes globales pour la République fédérale de Yougoslavie (RFY, Serbie et Monténégro) et en prévenant que le pays était menacé d’une catastrophe politique, économique et sociale si le cours actuel était poursuivi. Réformateur âgé de 36 ans, M. Djukanovic a été élu en octobre dernier contre le président sortant Momir Bulatovic, fidèle de M. Milosevic, et a rapidement engagé le Monténégro sur la voie de la démocratisation et de la libéralisation. Le président monténégrin est soutenu par la communauté internationale, qui ne cache pas qu’elle compte désormais sur lui, et non sur M. Milosevic, pour avoir une influence positive en Yougoslavie. Elle prévoit, si de nouvelles sanctions économiques devaient être prises contre Belgrade, d’en exempter le Monténégro. Le plan de M. Djukanovic pour la RFY, intitulé «Bases pour un nouveau commencement», est fondé sur l’internationalisation de la vie économique et sociale, les réformes économiques, la privatisation, le règne de la loi, la justice sociale et la sécurité. Un sérieux défi La présentation de ce plan, passée sous silence par la télévision d’Etat de Belgrade et par le principal quotidien progouvernemental Politika, intervient après une escalade verbale au cours de laquelle M. Djukanovic a traité M. Milosevic d’«autocrate» et l’a accusé de «détruire les institutions yougoslaves» en s’accaparant leurs compétences. Les autorités de Belgrade n’ont toujours pas reconnu officiellement la validité de l’élection de M. Djukanovic, accusé de fraude par ses adversaires, et le Conseil suprême de défense, organe où le président fédéral et ceux des républiques siègent ensemble, ne s’est jamais réuni depuis. M. Djukanovic s’oppose en particulier à M. Milosevic sur la crise au Kosovo, la province du sud de la Serbie où les Albanais — 90% de la population — refusent l’autorité de Belgrade. Excluant une indépendance du Kosovo ou même l’octroi d’un statut de république, mais favorable à une certaine autonomie, le président monténégrin s’est démarqué de M. Milosevic en approuvant le principe d’une médiation internationale. Pour lui, l’idée de M. Milosevic de faire dépendre d’un référendum l’acceptation d’une médiation «est un sérieux défi aux acteurs internationaux et revient à jouer avec le sort du peuple». Et cette initiative «risque d’engendrer une tragédie», selon M. Djukanovic, qui estime que «le danger d’un conflit intérieur devient de plus en plus réel». Dans un autre domaine, lorsque le gouvernement fédéral a dévalué massivement cette semaine le dinar yougoslave, Podgorica, la capitale monténégrine, a protesté contre un «fait accompli inacceptable». En décembre, M. Djukanovic avertissait déjà que le Monténégro «n’acceptera plus d’être le satellite d’une autorité centrale». Dans une interview au quotidien indépendant de Belgrade «Nasa Borba», il ajoutait: «A partir de maintenant, au sein de l’Etat fédéral, le Monténégro sera politiquement exactement ce qu’il doit être: 50% de l’Etat». (AFP)
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