A un peu plus de huit mois de l’élection présidentielle du 6 décembre, le Venezuela semble balancer entre Irene Saez, Miss Univers 1981 et Hugo Chavez, auteur du coup d’Etat manqué du 4 février 1992, pour prendre en main les destinées du pays. Devant la faillite du système politique qui se traduit par une crise économique interminable, tous deux se veulent indépendants des grands partis traditionnels vénézuéliens, les démocrates-chrétiens de COPEI et les sociaux démocrates d’AD (Action Démocratique). Depuis bientôt deux ans, la figure pulpeuse et décolorée de l’ex-Miss de 36 ans domine l’univers des «futurologues» politiques du pays. Solidement appuyée sur ses réalisations dans le quartier chic et fiscalement «riche» de Chacao, dans l’agglomération de Caracas, elle préconise «le dévouement» et «l’amour des autres» comme forme de gouvernement, mais laisse soigneusement dans l’ombre un éventuel programme que serait en train de lui établir l’équipe du parti IRENE, créé pour la circonstance. Irene Saez (30,2% dans un sondage) se laisse courtiser, sans se livrer, par les démocrates-chrétiens de COPEI, qui voient en elle une figure de proue qui permettrait à un parti en perte de vitesse de venir assumer des postes de commande gouvernementaux. Emprisonné, puis mis à la retraite de l’armée, en échange de son amnistie par l’actuel président Rafael Caldera (82 ans), Hugo Chavez (43 ans) a troqué l’uniforme léopard de parachutiste du coup d’Etat de février 1992 contre un sage costume. En forte hausse, crédité de 32,9% dans un sondage, il se réclame de la tradition «bolivarienne» d’une armée «au service du peuple», et justifie son insurrection par le désir de redonner aux forces armées l’honneur qu’elles avaient perdu dans la dure répression des émeutes de 1989, sur ordre du président social-démocrate Carlos Andres Perez, qu’il tenta ensuite de déposer. «Mais ma tradition militaire n’est pas celle des «gorilles» argentins type Rafael Videla ou chiliens type Augusto Pinochet, comme cadet j’ai été impressionné par les figures de Omar Torrijos (Panama) et Juan Velasco (Perou) qui étaient au service de leur peuple. Je suis un soldat de l’humanité», déclare-t-il. Ses positions nationalistes, mais souples, opposées aux dénationalisations des ressources pétrolières et minières, tout en respectant des espaces de collaboration avec les compagnies étrangères, flattent l’inconscient collectif vénézuélien qui répugne à livrer à des non-Vénézuéliens les principales sources de revenu du pays. Ses adversaires, derniers partisans du pacte de «partage» du pouvoir entre COPEI et AD souscrit par des les deux formations à la fin de la dictature de Marcos Perez Jimenez en 1958, n’hésitent pas: «C’est un Khadafi ou un Saddam Hussein en puissance (...) c’est un fasciste». Souriant, il répond à l’accusation par la «tradition bolivarienne» de liberté et appelle à l’élection d’une assemblée constituante, dûment mandatée par référendum, pour mettre en place un système politique nouveau afin de remplacer celui «qui sombre dans le clientélisme, la corruption et la misère du plus grand nombre». Il séduit une partie de l’extrême-gauche extra-parlementaire bien implantée dans les bidonvilles gigantesques qui bordent les principales villes du pays. En forte perte de vitesse, loin derrière, aux alentours des 12,9%, Claudio Fermin, issu d’AD mais en rupture de parti pour éviter les stigmates de la faillite politique actuelle, déclare qu’«Irene ne dit rien et que Chavez promet seulement une Constituante». Il semble avoir du mal à faire passer un message traditionnellement social-démocrate. Henrique Salas Romer (en hausse à 19,2% des intentions de vote), ancien gouverneur de l’Etat industriel de Carabobo, à une centaine de kilomètres à l’Ouest de Caracas, en rupture de COPEI, espère récolter les fruits d’une campagne et de positions conservatrices plus traditionnelles, à l’heure des grandes incertitudes. (AFP)
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