Marchés boursiers, marchés obligataires et monnaie japonaise, l’ensemble du secteur financier japonais a subi vendredi un mini-séisme provoqué par l’annonce de l’agence d’évaluation financière Moody’s de revoir à la baisse ses perspectives de notation du Japon. L’agence américaine a ramené de «stables» à «négatives» ses appréciations des perspectives japonaises semant le doute dans l’esprit des investisseurs quant à la capacité du gouvernement de sortir le Japon de la crise. Cette annonce clôt une semaine noire pour l’économie nippone. Baisse de l’indice de production industrielle, chute de la confiance des consommateurs, plan de relance et de libéralisation du secteur financier («Big Bang») accueillis fraîchement: les mauvaises nouvelles pleuvent sur le Japon depuis lundi. En visite à Londres pour assister au deuxième sommet de l’ASEM (Asie Europe Meeting), le premier ministre japonais, Ruytaro Hashimoto, a déclaré vendredi avoir conscience «des inquiétudes sur la situation de l’économie japonaise». La situation économique du Japon s’est encore aggravée, a pour sa part avoué le ministre du Plan Koji Omi assurant que le gouvernement prendrait le moment venu les mesures appropriées pour apporter au peuple japonais «un sentiment de sécurité». La Bourse de Tokyo a terminé la semaine en baisse, ses gains du début de séance ayant été entièrement annihilés par la décision de Moody’s. L’indice Nikkei-225 a perdu vendredi 185,12 points (1,18%) à 15.517,78. La veille, il avait déjà perdu 538,76 points, sa chute la plus vive de l’année. En trois jours, l’indice nippon a perdu plus de 6%. Sur le marché obligataire, l’emprunt d’Etat (JGB) à dix ans a vu son rendement monter de plus de 0,1 point à 1,685%. Enfin, sur le marché des changes, le yen a été victime de l’annonce inattendue de l’agence d’évaluation économique, atteignant son plus bas niveau face au dollar depuis le mois d’août 1991 (135 yen pour un dollar). La Banque du Japon (BoJ) a dû intervenir en fin de journée pour atténuer la baisse du yen face à la monnaie américaine. En fin de séance, le dollar se négociait à Tokyo à 134,51/56 yen, contre 133,70/75 vendredi à New York, après avoir évolué entre 133,15 et 135,20. Une dette alourdie Si l’agence américaine a revu à la baisse ses perspectives d’évolution, elle a toutefois maintenu la note «Aaa» pour les emprunts à moyen et long terme en devises étrangères et de ses dépôts, et pour les emprunts d’Etat en yen. La note «Aaa» est exclusivement attribuée aux économies capables de rembourser leurs dettes, comme la France, les Etats-Unis ou encore la Suisse. «Ces modifications reflètent les incertitudes sur l’aptitude des autorités à parvenir à un consensus politique qui contribuerait à promouvoir un retour à la croissance économique et à l’équilibre budgétaire», explique Moody’s dans un communiqué. «La faiblesse persistante du secteur financier a accentué la vulnérabilité aux variations de la confiance, ce qui pourrait amoindrir la vigueur considérable des paiements extérieurs du Japon», constate l’agence. Pour Vincent Truglia, directeur général de l’unité «risques souverains» de Moody’s à New York, les efforts de relance de l’économie entrepris jusque-là par le gouvernement ont permis seulement une amélioration de la croissance pendant un an, suivie d’un retour au marasme, avec une dette largement alourdie. «En fait, chacun sait que nous sommes maintenant en récession, quel que soit le critère retenu, et l’on peut craindre que cette récession ne s’aggrave», a-t-il ajouté. Pour autant, la décision de Moody’s n’équivaut pas à un déclassement pur et simple, loin s’en faut. Une telle éventualité n’est envisageable qu’après un réexamen de la situation, à deux ans d’intervalle, a fait valoir Moody’s. La décision de Moody’s a surpris, voire indigné au Japon. «On est là, on fait ce que le gouvernement nous dit de faire, remplissant nos devoirs envers notre pays et voilà ce qui arrive quand même», constate, indigné, Matsui Matsumoto, un homme d’affaires d’une quarantaine d’années. «C’est, en partie tout du moins, le reflet de toute la corruption au sein du ministère des Finances et de toutes les opérations illégales dans les autres secteurs de l’économie», estime-t-il. «Nous avons réellement besoin d’un changement de politique à 180°», explique un autre homme d’affaires nippon. «Même si nous travaillons très dur, nous n’irons nulle part si le gouvernement ne fait pas lui aussi des efforts pour faire avancer les choses». Jeudi, la dernière enquête trimestrielle de la BoJ, baptisée Tankan, a révélé que la confiance des entreprises nippones s’était fortement dégradée en mars par rapport à décembre toutes catégories d’entreprises confondues, petites ou grandes, industrielles ou non. (Reuters)
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