L’accord de coopération sur le diamant signé par les présidents namibien Sam Nujoma et russe Boris Eltsine a suscité des remous à Windhoek, dans les milieux de cette très secrète industrie. Cet accord dont le contenu n’a pas été rendu public donnerait au géant minier russe Almazy Rossii-Sakha un droit d’exploration et d’exploitation en Namibie — le cinquième producteur mondial de diamants —, selon des sources informées à Windhoek. Il a filtré à Moscou qu’au terme de cet accord, la Russie et la Namibie comptaient «coordonner leur politique sur le marché du diamant et augmenter leurs activités communes» dans le domaine de la prospection, de la production, de la taille et de la vente. «Nous vendrons nos diamants là où nous aurons le meilleur prix», a déclaré le président Nujoma à son arrivée en provenance de Moscou. Jusqu’à présent, l’industrie namibienne du diamant était contrôlée par la Namdeb, joint-venture qui réunit le cartel sud-africain De Beers et le gouvernement namibien. Les détails de l’accord qui unit les deux parties à 50-50 n’ont jamais été rendus publics. Signé pour une période de 25 ans, il doit être revu en 1999. Interrogée sur l’accord signé à Moscou, la Namdeb a simplement dit «respecter le droit du président à négocier avec d’autres producteurs». Ni la Namdeb, ni la De Beers n’ont été consultées sur ce programme de coopération, selon des sources à Windhoek. Ainsi, le président du directoire de la Namdeb, Leake Hangala, a déclaré à la presse locale ne pouvoir commenter l’accord faute de connaître son contenu. Les experts estiment cependant que cet accord pourrait avoir un effet négatif sur les relations entre le gouvernement namibien et la De Beers. Selon une source bien informée qui a requis l’anonymat, il pourrait être interprété comme une tentative pour «écarter la De Beers Marine de la scène». En effet l’accord de Moscou prévoit que l’Almazy Rossii-Sakha puisse mener des explorations sous-marines, selon cette source. Or, la Namdeb avait été créée en 1994 pour l’exploitation des zones diamantifères situées dans le désert du sud-ouest du pays et au fond de l’Atlantique, à la frontière avec l’Afrique du Sud. La De Beers Marine, filiale de la De Beers, devait précisément mener les explorations off-shore. L’accord de Moscou consolide la position du gouvernement namibien pour les négociations prévues l’an prochain, qui doivent aussi inclure le contrat de la De Beers Marine, selon les experts namibiens. Le quotidien économique russe «Kommersant» ne s’y est d’ailleurs pas trompé, en affirmant qu’en signant avec Moscou, Windhoek «ajoutait une carte pour ses prochains pourparlers avec la De Beers». Selon «Kommersant», l’accord «porte un coup au monopole» du géant sud-africain qui voit ainsi les Russes prendre pied en Afrique australe, son pré-carré traditionnel. L’industrie représente des millions de dollars dans les coffres de l’Etat namibien: selon les chiffres du budget 1998-99, le gouvernement a touché l’an dernier l’équivalent de 40,8 millions de dollars US en royalties tandis que les taxes représentaient 18 millions de dollars US. Les ventes de diamants bruts par la CSO, le bras commercial de la De Beers, ont représenté 4,6 milliards de dollars US en 1997, une baisse de 4% comparée à l’année précédente. La Namibie a produit 1,42 million de carats l’an dernier, dont 38% off-shore. (AFP)
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