La Chine et l’UE tiennent aujourd’hui à Londres un mini-sommet qui souligne symboliquement le vif intérêt des Européens pour «la grande puissance du XXIe siècle» et son représentant Zhu Rongji, «tsar de l’économie», nouvellement promu premier ministre. La rencontre au 10 Downing Street, qui se tient en marge du sommet de l’ASEM réunissant les 15 et 10 pays asiatiques à la suite de la crise financière en Asie, a été présentée comme l’expression de la volonté de l’UE d’étoffer le dialogue avec Pékin, qui se nourrira désormais de rendez-vous annuels inspirés des sommets UE-USA, UE-Japon ou UE-Russie déjà en place. «Nous essayons d’élargir et d’intensifier nos relations avec la Chine au moment où elle émerge comme l’une des grandes puissances du XXIe siècle», souligne-t-on de source officielle britannique. L’initiative s’inscrit dans le droit fil de recommandations formulées fin mars par la Commission européenne, qui a encouragé les Quinze à aider la Chine à s’intégrer dans l’économie mondiale et évoluer vers une société ouverte, fondée sur l’Etat de droit et le respect des droits de l’homme. «L’Europe a plus à gagner qu’à perdre d’une Chine forte, ouverte et prospère et elle doit faire preuve de vision à long terme pour aider les Chinois à y parvenir», avait alors dit Leon Brittan, le vice-président de la commission européenne. Il sera l’un des trois représentants de l’UE au mini-sommet appelé à durer tout au plus 90 minutes, aux côtés du premier ministre britannique Tony Blair (qui assure la présidence tournante de l’UE) et du président de la commission, Jacques Santer. L’occasion est brève, mais de même source officielle britannique, on se frotte les mains à la perspective de recevoir celui «qui a initié ou contribué à un vaste programme réformateur», et qui «a embarqué son pays dans un programme plus ambitieux encore». Le plan triennal énoncé par M. Zhu vise à réformer les finances, les institutions, et à sortir du rouge un secteur d’Etat hérité du système communiste et lourdement déficitaire. La crise asiatique L’a priori est d’autant plus favorable que l’on se félicite à Londres — au nom de l’UE — de l’attitude de la Chine dans la crise financière asiatique apparue voici neuf mois. «Sa plus grande contribution a probablement été la non-dévaluation du yuan», dont la chute aurait relancé la spirale infernale, relève-t-on. Mais cette politique pénalise les exportations chinoises, et M. Zhu devrait saisir l’occasion de son premier déplacement à l’étranger pour demander en retour un soutien de l’UE. Dans l’ensemble, la Chine tout comme les neuf autres pays asiatiques de l’ASEM participeront à une réunion à Londres qui promet d’être très éloignée des engagements du premier grand sommet UE-Asie de Bangkok. Cette première réunion s’était conçue sur une note de satisfaction face à la création d’un «partenariat global Europe-Asie pour une croissance accélérée». L’effondrement du baht thaïlandais L’effondrement depuis mai 1997 du baht thaïlandais a enclenché l’été dernier une crise en dominos de la plupart des économies de la région jusqu’alors locomotives de la croissance mondiale. La tourmente a déjà coûté près d’un point de croissance à l’économie mondiale et au moins 0,3 point à l’Europe. En Asie, elle a mis au chômage des millions de personnes, déclenchant exodes et troubles sociaux. Les pays asiatiques membres de l’ASEM (Chine, Japon, Corée du Sud, Thaïlande, Indonésie, Philippines, Singapour, Vietnam, Malaisie, Bruneï) comptent saisir l’occasion du sommet pour presser les Européens de concrétiser leurs grandes déclarations de solidarité. Pas d’accusations politiques Quant au chapitre politique avec la Chine, les Quinze ont décidé de ne pas mettre la Chine en accusation devant la commission des droits de l’homme de l’ONU. M. Blair entend cependant aborder des questions épineuses telles que le sort des dissidents emprisonnés, «les exécutions fréquentes de condamnés à mort», et la situation au Tibet, où une délégation d’ambassadeurs de la troïka se rendra, en mai. (AFP)
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