Les réductions de production décidées lundi dans la nuit par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), lors de sa réunion extraordinaire, ont fortement déçu le marché qui espérait davantage, et entraîné mardi une chute des cours du Brent, la qualité de référence. En fin de matinée sur l’International Petroleum Exchange (IPE), le baril de pétrole Brent (échéance en mai) se traitait à 14,20 dollars contre 14,45 dollars à l’ouverture et 14,79 dollars en clôture lundi soir. La veille, le baril de pétrole avait démarré la journée aux alentours de 15,45 dollars. «Le marché parle d’une seule voix et c’est la voix de la déception», a estimé Peter Gignoux, directeur du département pétrolier de la maison de courtage Salomon Smith Barney, à Londres. Les pays de l’Opep ont décidé de réduire la production du cartel de 1,245 million de barils par jour (mbj) à partir du 1er avril et jusqu’à la fin de l’année, pour soutenir les prix, tombés il y a deux semaines à leur niveau le plus bas en neuf ans et demi. Ces réductions sont basées sur la production effective de février de chaque pays et non sur leurs quotas officiels. Mais face à l’offre pléthorique dont souffre le marché du pétrole, «les réductions décidées par l’Opep ne sont pas suffisantes», a jugé Peter Gignoux. «Une très longue réunion et rien de plus à la sortie: ils ont simplement ratifié ce qui avait été annoncé la semaine dernière et ce n’est évidemment pas assez», a déclaré Tony Machacek, analyste sur le marché londonien pour la maison de courtage Credit Lyonnais Rouse. «Ils sont même en dessous de leur objectif», a-t-il souligné. La semaine précédente, l’Arabie Séoudite, le Venezuela et le Mexique avaient lancé un appel en faveur d’un abaissement de l’offre mondiale de pétrole, entre 1,6 et 2 mbj, entraînant dans leur sillage tous les membres du cartel (à l’exception de l’Irak), et plusieurs producteurs hors-Opep, dont la Norvège. Au total, avec les diminutions entérinées par le cartel, la production mondiale de pétrole devrait être réduite de 1,525 mbj. «L’un des aspects négatifs de cette décision est que l’Opep n’a pas résolu son problème structurel de dépassement des quotas», a noté Manoucherh Takin, expert du Centre of Global Energy Studies (CGES), institut de recherche pétrolière basé à Londres. L’organisation souffre d’une dissension entre certains membres tel le Venezuela qui, systématiquement, ne respectent pas leurs quotas officiels et produisent davantage et ceux qui ont atteint leur capacité maximale de production. «Les investisseurs craignent, et c’est normal, que la situation de surproduction perdure pour cette seule raison», a indiqué l’expert. Selon l’analyste de Credit Lynnais Rouse, les prix pourraient même continuer de reculer au cours des jours à venir, et tomber sous le seuil psychologique des 14 dollars le baril. «Leur objectif était la stabilisation des cours mais à quel niveau? Certainement pas celui-là et il leur faudra faire des efforts supplémentaires pour convaincre», a indiqué Manoucherh Takin. La prochaine réunion de l’organisation se tiendra au mois de juin. «En même temps, le marché ne voit pas que cette réunion est une geste dans la bonne direction. Les ministres (de l’Opep) auraient pu discuter des jours et des jours, et même ne pas voter en faveur de ces réductions», a-t-il ajouté. Contribution de la Norvège et de l’Iran Le ministre norvégien du Pétrole et de l’Energie, Marit Arnstad, a qualifié mardi de «positive» la réduction de production de pétrole décidée par l’OPEP dans la nuit de lundi à mardi à Vienne. «ll s’agit d’une importante contribution à la stabilisation des prix qui devrait contribuer à prévenir une autre chute des cours», a-t-elle estimé dans un communiqué publié par son ministère à Oslo. «Le marché est actuellement caractérisé par une surproduction significative», a ajouté Mme Arnstad dans son communiqué. «Il est de ce fait important de prendre dès que possible des mesures», a-t-elle conclu. Lundi, la Norvège, deuxième exportateur mondial de pétrole derrière l’Arabie Séoudite, s’était résignée à réduire de 3%, soit 100.000 b/j, sa production pétrolière «pour contribuer à stabiliser les prix», considérant qu’un marché instable aurait un impact négatif sur son économie actuellement soumise à de fortes pressions inflationnistes. La décision norvégienne doit prendre effet «après Pâques» et s’appliquer pour le restant de l’année. Elle sera suspendue «si elle ne produit pas les effets escomptés». La réduction accordée est cependant inférieure aux 6% demandés la semaine dernière à Oslo par les pays producteurs de l’OPEP, organisation dont la Norvège ne fait pas partie. De son côté, l’Iran a qualifié mardi de «succès» la décision de l’OPEP de réduire sa production de 1,245 million de barils par jour et a indiqué que d’autres initiatives seraient prises pour faire remonter les prix. «La décision va conduire sans aucun doute à des signes positifs sur le marché pétrolier, elle stabilisera et rendra les prix plus fermes», a affirmé le ministre iranien du pétrole Bijan Namdar-Zangeneh. «C’est le premier pas et c’est un succès pour l’OPEP», a-t-il déclaré à l’agence officielle iranienne IRNA, après avoir assisté à la réunion de l’OPEP à Vienne. Le ministre a ajouté que l’OPEP poursuivrait ses efforts pour obtenir la coopération des producteurs de brut non membres du cartel. «Le récent accord à Ryad entre producteurs OPEP et non OPEP est le départ d’un mouvement sérieux», a-t-il dit. L’accord de Ryad passé entre l’Arabie Séoudite, le Venezuela et le Mexique, pays non membre de l’OPEP pour appeler à la réduction de la production mondiale de brut entre 1,6 et 2 millions de barils par jour (mbj) entre le 1er avril et la fin de l’année, avait fait remonter quelque peu les prix. Mais la décision de l’OPEP, annoncée dans la nuit de lundi à mardi, a déçu les marchés pétroliers.(AFP)
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les réductions de production décidées lundi dans la nuit par l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), lors de sa réunion extraordinaire, ont fortement déçu le marché qui espérait davantage, et entraîné mardi une chute des cours du Brent, la qualité de référence. En fin de matinée sur l’International Petroleum Exchange (IPE), le baril de pétrole Brent (échéance en mai) se traitait à 14,20 dollars contre 14,45 dollars à l’ouverture et 14,79 dollars en clôture lundi soir. La veille, le baril de pétrole avait démarré la journée aux alentours de 15,45 dollars. «Le marché parle d’une seule voix et c’est la voix de la déception», a estimé Peter Gignoux, directeur du département pétrolier de la maison de courtage Salomon Smith Barney, à Londres. Les pays de l’Opep ont décidé de...