Des milliers de réfugiés kosovars reprenaient mercredi le chemin de leurs villages au Kosovo, à la faveur de l’important retrait des forces de l’ordre serbes, ont indiqué des diplomates et des organisations humanitaires. «Les villageois reviennent, là où c’est possible la vie recommence rapidement», a déclaré un membre de la Mission de vérification au Kosovo (KVM). «Dès que la police vide les lieux, les gens rentrent, dans la mesure où ils ont un toit ou quelque part où dormir», a ajouté ce diplomate, qui a demandé à ne pas être identifié. Le Haut commissariat de l’Onu aux réfugiés (HCR) a, de son côté, relevé «un grand changement» depuis mardi, «premier jour où l’on a vu des gens retourner réellement» dans leurs foyers, selon Laura Laura Boldrini, porte-parole du HCR à Pristina (chef-lieu du Kosovo). Le HCR n’était pas en mesure mercredi d’évaluer le nombre total de personnes déplacées vivant encore en plein air. Le début des combats au Kosovo fin février avait provoqué l’exode d’environ 250 000 personnes. Au pire moment de la crise, à la fin de l’été, environ 50 000 personnes vivaient dehors. Ils seraient actuellement une dizaine de milliers, selon des estimations non officielles. Étant donné le grand éparpillement des personnes déplacées dans la province, le recensement précis des retours prendra du temps, estiment des responsables d’organisations humanitaires. Le plus grand nombre de sans-abri se trouve à Kisna Reka (centre), où des centaines de personnes campent encore à flanc de montagne. Certains sont là depuis plusieurs mois, mais les plus nombreux ont fui les grandes offensives serbes du mois d’août. Depuis mardi cependant, nombre de ces personnes déplacées quittent les lieux, selon le HCR. Un journaliste a constaté mardi dans le centre de la province un important trafic de tracteurs tirant des remorques transportant familles, matelas et bâches en plastique. Ces paysans expliquaient qu’après avoir acquis la certitude que les policiers et soldats yougoslaves avaient affectivement quitté les abords de leurs villages, ils avaient pris la décision de quitter leurs camps de toile ou les maisons des familles albanaises qui les hébergaient dans les communes épargnées par la violence. Obéissant aux ordres de Belgrade, menacée d’une intervention militaire de l’Otan, plusieurs milliers de membres des forces de l’ordre ont quitté le Kosovo depuis le début de la semaine. Ceux qui restent dans la province ont abandonné leurs postes de garde. Les indépendantistes de l’armée de libération du Kosovo (UCK) en ont aussitôt profité pour reprendre les positions dont les forces serbes les avaient chassés cet été. Cette situation inquiète profondément la plupart des Serbes du Kosovo. «Ils ont retiré la police et les terroristes albanais vont réoccuper le terrain et recommencer à tuer des Serbes», estime Gordana, une jeune Serbe rencontrée à Gracanica, à 15 km au sud de Pristina. Elle reconnaît que dans ce village à majorité serbe, il n’y a pas eu de conflit avec les Albanais. «Les terroristes de l’UCK ne s’y sont jamais aventurés», dit-elle. «Ici, ça peut aller, mais on craint le pire pour les Serbes vivant dans les villages au cœur du Kosovo et près de la frontière avec l’Albanie», confie Milutin, 63 ans, tenancier d’un bistrot à Gracanica. Un Serbe de Pristina, qui refuse de dire son nom, affirme «envisager sérieusement de quitter le Kosovo». «J’ai toujours vécu ici, mais maintenant je ne m’y sens plus en sécurité», ajoute-t-il. «L’UCK va de nouveau couper l’axe routier est-ouest Pristina-Komorane-Pec, comme c’était le cas avant notre dernière offensive. Les Serbes n’oseront plus aller à Pec (ouest) ni au Monténégro» voisin, estimait mardi Goran, un policier serbe, alors qu’il s’apprêtait à quitter le Kosovo avec son unité. Pour lui, rien n’est joué: «Vous verrez, dans trois mois nous serons de retour».
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