Prolongeant sa tendance du début du mois, le marché des changes de Beyrouth a achevé, la semaine dernière, sans orientation précise et avec un manque évident d’entrain, souligné par la réticence des opérateurs à la vente du dollar comme à l’achat de la livre libanaise. Selon les cambistes de la place, ce fait est dû, d’un côté, à l’effet déprimant qu’exercent toujours les tiraillements politiques sur le marché, inhibant les initiatives en faveur des placements au Liban. Mais il s’explique aussi, d’un autre côté, à l’attente fébrile de la communauté financière des résultats de la souscription à l’étranger aux deux émissions de bons du Trésor libanais de 500 millions de dollars à 3 ans et de 300 millions de dollars à 5 ans, pour se faire une idée sur la marge de risque envisagée effectivement par les marchés financiers internationaux pour le Liban. A cet égard, on prête beaucoup d’attention aux taux d’intérêt qui seront servis sur ces deux émissions et qui étaient supérieurs de 2,5 points en pourcentage à ceux des bons du Trésor américain à 10 ans lors de la dernière émission de 400 millions de dollars d’euro-obligations libanaises pour la même période en octobre 1997 (soit à 8 5/8%) , et ce avant l’abaissement de la notation de la dette publique libanaise de «stable» à «BB» par trois sociétés internationales de «rating», à savoir «Standard and Poor’s», «Fitch IBCA» et «Thomson Bank Watch». Cela étant, la situation technique du marché n’a pas constitué un facteur de pression sur la livre libanaise que l’on était en droit de craindre devant les polémiques internes au sujet du projet de loi sur le mariage civile facultatif. Certes, la propension à l’achat du dollar ne devait pas prendre beaucoup d’ampleur, la semaine dernière, se limitant aux besoins commerciaux courants du pays qui parvenaient souvent à trouver une contrepartie à la vente au point supérieur d’intervention de la Banque du Liban (B.D.L.) et en dehors de celle-ci. C’est ainsi que le «billet vert» a dû achever la semaine, vendredi dernier, dans une fourchette large comprise entre 1515,50 et 1527,50 L.L. et au taux moyen indicatif de 1521,50 L.L. contre 1516,00/1528,00 L.L. et un taux moyen indicatif de 1522,00 L.L. à la fin de la semaine se terminant au vendredi 20 mars, en léger repli de 0,033% en moyenne d’une huitaine à l’autre. Toutefois, en raison de la réticence du marché à l’offre du dollar, celui-ci continuait d’être pratiquement négocié dans les échanges interbancaires au haut de cette fourchette élargie, mais dans des marges très étroites. Il a été ainsi placé à la veille du week-end entre 1527,25 et 1527,75 L.L. après que la B.D.L. eut abaissé son taux d’intervention à la vente du dollar de 1528,00 à 1527,50 L.L, dès jeudi dernier, tout en maintenant son taux à l’achat, qui l’avait abaissé deux jours plus tôt de 1516,00 à 1515,50 L.L., en l’état, au lieu de 1527,75/1528,25 L.L., de lundi à mercredi, avec un point d’ancrage à 1528,00 L. L. qui correspondait au point supérieur d’intervention de la B.D.L. pendant cette période. Coup d’arrêt à la baisse du dollar A l’étranger, le dollar, qui perdait du terrain face au yen et aux autres grandes monnaies européennes, après la présentation au milieu de la semaine dernière d’un plan de relance de l’économie japonaise plus élevé que prévu (l’équivalent de quelque 123 milliards de dollars ), est parvenu à se rattraper à la veille du week-end, récupérant la grande partie des pertes qu’il avait subies. Un des principaux facteurs de soutien du «billet vert» a été la déception du marché de l’absence de réduction d’impôts dans le programme de relance japonais, incitant plusieurs fonds d’investissement à se débarrasser de la devise nippone à plus de 130 yen pour un dollar après que celui-ci eut largement cassé à la baisse ce seuil à 128,00 yen auparavant. Ce changement d’humeur a également bénéficié au «billet vert» vis-à-vis des devises européennes surtout après que la Bundesbank eut indirectement approuvé le rapport officiel publié par la Commission européenne recommandant onze pays pour la participation au lancement de la monnaie unique début 1999, abstraction faite de la solidité des finances publiques de certains candidats, dont l’Italie et la Belgique, laissant craindre un «euro» faible. A cela se sont ajoutées quelques anticipations de hausse des taux d’intérêt aux Etats-Unis, à la veille de la réunion, demain, du comité de l’open market de la Réserve fédérale (Fed) qui examinera la prochaine orientation de la politique monétaire américaine à la lumière des fondamentaux de l’économie. A cet égard, analystes et experts financiers se sont montrés très préoccupés par l’apparition de quelques signes inflationnistes en rapport avec le coût de l’emploi. Ce sentiment a été relancé, vendredi dernier, à l’occasion de la publication par le département de Commerce des statistiques selon lesquelles les revenus personnels des Américains auraient progressé de 0,6%, le mois dernier, comme en janvier, consécutivement à la hausse du salaire-horaire moyen de 0,9%, après 0,8% pendant la même période, laissant craindre une intensification de la pression des salaires sur les prix à la production et à la consommation au deuxième trimestre, phénomène très redouté par la Fed et évoqué récemment dans son dernier rapport de conjoncture (le Beige book). Cela d’autant que le marché avait appris que les reventes de logements aux Etats-Unis auraient fortement augmenté de 8,7%, le mois dernier, contre 0,7%, en janvier, à un moment où la hausse des prix pétroliers est interprétée comme un signe inflationniste avant-coureur. Eu égard à toutes ces considérations, les opérateurs ont donc passé outre les autres indicateurs de l’économie américaine éloignant toute surchauffe inflationniste. C’est ainsi que l’annonce, dans une première estimation, par l’université de Michigan que son indice mensuel mesurant le sentiment des consommateurs aurait reculé de 110,40 points, le mois dernier, à 106,80 points, en mars, ne devait avoir aucun impact négatif sur le dollar. Il en est de même, de la diminution de 1,7% des commandes de biens durables, le mois dernier, contre une augmentation de 1,5%, en janvier, qui est passée comme inaperçue sur le marché ainsi que la révision de la croissance du produit intérieur brut (P.I.B.) américain de 3,9 à 3,7% au quatrième trimestre 1997 avec un déflateur de l’inflation inchangé à 1,4%. Au contraire, le marché paraissait à la veille du week-end, et à quelques jours de la réunion du comité de l’open market de la Fed, plus préoccupé par les perspectives de relèvement des taux d’intérêt américains. Ainsi, mettant à profit cette éventualité, le dollar est parvenu à se ressaisir à la fin de la semaine, même contre le sterling, initialement dopé par des spéculations de hausse des taux britanniques, clôturant la semaine, à New York, en comparaison avec la fin de la semaine qui l’avait précédée, comme suit : — 1,6830 pour un sterling, après 1,6900, contre 1,6690 ( - 0,83% ). — 1,8265 D.M., après 1,8175, contre 1,8305 ( - 0,22% ). — 1,4970 F.S., après 1,4850, contre 1,4965 ( + 0,03% ). — 6,1210 F.F., après 6,0950, contre 6,1330 ( -0,20% ). — 1800,00 lires, après 1794,00, contre 1801,50 ( - 0,08% ). — 130,35 yen, après 128,00, contre 130,40 ( - 0,04% ). Hausse de l’or Les cours de l’or ont été largement soutenus, la semaine dernière, par la hausse des prix du pétrole qui réagissaient à l’appel lancé par l’Arabie séoudite, le Vénézuela et le Mexique en faveur d’un effort concerté de réduction de la production du brut. En effet, la parité de l’once n’a pas tardé à repasser la barre des 300,00 dollars, clôturant la semaine, vendredi dernier, à New York, à 303,10 dollars contre 291,70 dollars, à la fin de la semaine se terminant au vendredi 20 mars, en hausse de 3,91% en moyenne. Par sympathie, l’argent-métal s’est apprécié aussi dans le sillage des autres métaux précieux, remontant à la clôture de New York, vendredi dernier, à 6,31 dollars l’once contre 6,1140 dollars à la fin de la semaine se terminant au vendredi 20 mars, en hausse de 3,21% en moyenne.
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