La candidature de Chypre à l’UE provoque une crise majeure avec la Turquie, illustrée samedi à Genève par des déclarations intransigeantes du leader de la partie turque de Chypre, Rauf Denktash. «L’intervention de l’Union européenne» a «détruit les chances d’un règlement juste à Chypre», a déclaré M. Denktash, en rapportant à la presse ce qu’il avait dit au secrétaire général de l’ONU Kofi Annan dans une conversation de près d’une heure. M. Annan, par la voix de son porte-parole Fred Eckhard, a exprimé sa «déception» de l’impasse où se trouve le règlement chypriote. La position du président de la République turque de Chypre du Nord (RTCN), autoproclamée en 1983 et qui n’est reconnue que par la Turquie, est que la RTCN doit désormais être reconnue comme un Etat de plein droit. La RTCN serait ainsi à égalité avec le gouvernement de Nicosie, considéré comme ne reflétant que les intérêts de la population grecque. C’est uniquement à cette condition d’égalité interétatique, a dit M. Denktash, qu’il accepterait de reprendre des conversations directes avec le président chypriote Glafcos Cléridès, dans le cadre des bons offices de l’ONU. «Les conversations inter-communautaires ont été tuées par l’UE, et donc nous demandons que les conversations continuent sur une base interétatique, intergouvernementale», a dit M. Denktash. M. Annan a, malgré sa «déception», invité MM. Denktash et Cléridès à reprendre leurs conversations sous les auspices de l’ONU, «seul cadre dans lequel les deux communautés à Chypre sont traitées sur une base de pleine égalité politique». Il n’y a pas d’alternative pour conduire à «un règlement pacifique basé sur un Etat fédéral, bicommunataire et bizonal, avec une pleine égalité politique entre les deux communautés», a souligné M. Annan. Chypre est divisée en deux secteurs, turc au nord et grec au sud, depuis l’intervention de l’armée turque en 1974, en réponse à un coup d’Etat de nationalistes grecs qui visait à rattacher l’île à la Grèce. Accusant la partie grecque de vouloir «convertir l’ensemble de Chypre en une république chypriote grecque», M. Denktash a dit: «Cela nous ne le permettrions jamais, et la Turquie ne le permettra jamais». C’est M. Denktash qui avait demandé l’entretien avec M. Annan. Ce dernier est venu à Genève pour des réunions administratives après une tournée au Proche-Orient, et avant des visites à Moscou puis Pékin et Londres. Intégration à la Turquie? L’entrevue de samedi entre M. Annan et M. Denktash est intervenue alors que la Turquie a annoncé pour la semaine prochaine, au moment où commenceront les négociations d’adhésion de Chypre à l’UE, une première réunion d’un «conseil d’association Turquie-RTCN» destiné à pousser l’intégration à la Turquie de la partie turque de Chypre. La Turquie y maintient quelque 35.000 soldats, alors que du côté chypriote-grec, on veut installer des missiles antiaériens russes S-300 en principe livrables dans la seconde moitié de l’année. Un représentant spécial pour Chypre du ministère russe des Affaires étrangères, Vladimir Tchijov, a informé jeudi à Genève des diplomates d’une dizaine de pays dont les Etats-Unis et la France de la position russe, a-t-on appris de source russe. Il a précisé à la presse russe que si un règlement accompagné d’une démilitarisation intervenait à Chypre, le déploiement de ces missiles deviendrait «inutile». Des pourparlers entre MM. Cléridès et Denktash, sous l’égide de l’ONU, s’étaient tenus en Suisse près de Montreux en août 1997 durant cinq jours et avaient débouché sur un échec, cela déjà en raison de la candidature de Chypre à l’UE. (AFP)
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