La puissante armée turque et le gouvernement ont enterré vendredi soir la hache de guerre et se sont mis d’accord sur un programme de lutte contre le fondamentalisme musulman qui respecte les règles de la démocratie. «Dans la lutte contre les mouvements religieux réactionnaires qui visent à abattre le régime laïc, les lois existantes doivent être appliquées sans concession et de nouvelles lois doivent être rapidement adoptées par le Parlement», a déclaré le Conseil national de sécurité (MGK), dans un communiqué. «Ce combat doit être mené dans le cadre des règles de la démocratie et de l’Etat de droit», ajoute le communiqué, adopté à l’issue d’une réunion de six heures du Conseil. Le MGK, qui réunit tous les mois le chef de l’Etat, le premier ministre Mesut Yilmaz, les ministres de la Défense, de l’Intérieur et des Affaires étrangères, ainsi que les cinq plus hauts commandants des armées, avait à son ordre du jour «la menace fondamentaliste», considérée comme le danger numéro un pour la régime. «Il est hors de question de faire des concessions aux mouvements qui s’attaquent au régime et toutes les provisions de la constitution et des lois seront appliquées dans leur intégralité», poursuit le texte. «Dans ce processus, les attitudes et déclarations de nature à heurter les sentiments religieux sincères de nos compatriotes doivent être évitées», ajoute-t-il toutefois. «La partie du texte sur la nécessité de mesures strictes reflète la volonté de l’armée de combattre efficacement l’extrémisme religieux et l’autre partie reflète le souci du gouvernement de respecter les règles démocratiques», a déclaré un analyste, Dogan Akin. «On peut conclure du communiqué du MGK qu’il y a une réconciliation entre l’armée et le premier ministre», a-t-il ajouté. Cette réunion du MGK survenait après une période de tension survenue la semaine dernière lorsque M. Yilmaz avait appelé les militaires à «s’occuper de leurs affaires» et à laisser au gouvernement le soin de combattre le fondamentalisme musulman, s’attirant en retour un sévère avertissement de l’état-major. Une atmosphère détendue Celui-ci avait proclamé que personne ne pouvait, «pour ses intérêts personnels et ses ambitions politiques», remettre en cause la détermination et la vocation de l’armée à combattre le fondamentalisme. Cette phrase visait personnellement M. Yilmaz, soucieux de ne pas s’aliéner son électorat conservateur. La dispute, autour de la performance du gouvernement dans la lutte contre le fondamentalisme, que les militaires estimaient inefficace, avait ranimé les craintes d’un coup d’Etat. Mais depuis, l’atmosphère s’était détendue, M. Yilmaz déclarant que «le gouvernement de coalition estime qu’il n’y a pas de différend entre le cabinet et les militaires» sur la lutte contre l’extrémisme religieux. Il avait annoncé lundi dernier des mesures dans ce but, dont un projet de nouvelle législation pour contrôler les activités des institutions soupçonnées de soutenir l’intégrisme, et surveiller les émissions des radios et télévisions privées. La construction de nouvelles mosquées doit être contrôlée, les lois sur les manifestations doivent être modifiées et les peines pour les contrevenants aux lois sur l’habillement dans la fonction publique alourdies. Les militaires avaient lancé leur campagne antifondamentaliste lors d’une réunion semblable du MGK, en février 1997. Ils avaient exigé du gouvernement, alors dirigé par l’islamiste Necmettin Erbakan qu’ils accusaient d’encourager les islamistes radicaux, un plan de mesures sévères contre l’intégrisme. Ayant refusé de satisfaire ces exigences, M. Erbakan avait été contraint de démissionner en juin et remplacé par M. Yilmaz, à la tête d’un gouvernement pro-laïc. (AFP)
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